Ces Etats pirates qui tuent l’Afrique

Le 6 juillet 2012, Dans Décryptage, Terrorisme, Par Caludia Togbe

Contours de la notion de « pirate» Le mot « pirate » provient à la fois du terme grec πειρατής (peiratês), dérivé du verbe πειράω (peiraô) signifiant « s’efforcer de », « essayer de », tenter sa chance à l’aventure et du latin pirata : celui qui tente la fortune, « qui est entreprenant ». […]

Contours de la notion de « pirate»
Le mot « pirate » provient à la fois du terme grec πειρατής (peiratês), dérivé du verbe πειράω (peiraô) signifiant « s’efforcer de », « essayer de », tenter sa chance à l’aventure et du latin pirata : celui qui tente la fortune, « qui est entreprenant ».
Considérant la compréhension du mot par ceux qui s’adonnent à la piraterie, notamment dans la corne de l’Afrique ou dans le Golfe de Guinée, il serait presque envisageable d’ironiser sur l’étymologie de la notion, en considérant que être pirate, c’est être entreprenant, c’est s’efforcer, malgré le chômage dans son pays d’origine, de faire quelque chose, de mener une activité pour sa propre survie et celle de sa famille. Parce que ce qu’il ne faudrait pas perdre de vue, c’est que en dehors de la haute mer, qui est un espace international, les côtes constituent un élément vital pour les populations des pays concernés. Il est donc probable qu’ils sentent une menace les guetter, à partir du moment où des étrangers sillonnent leurs eaux, soit pour du tourisme, et en ce moment, ils en profitent pour les dévaliser, au nom du sens du mot « tenter sa chance à l’aventure », soit pour la pêche, au nom de contrats fallacieux signés par les gouvernements de pays pauvres, permettant aux pays développés d’exploiter les ressources halieutiques.
Considérant par contre la compréhension du mot « pirate » par la majorité des Etats développés, il s’agit de personnes qui s’adonnent à une forme de banditisme en haute mer. De surcroît, le fait de prendre en otage des nationaux de ces Etats, ou d’ôter la vie à certains d’entre eux, constitue un préjudice définit par le droit international. Ainsi donc, piller les navires en haute mer, bloquer les routes commerciales ou mettre en danger les communications maritimes était considéré par les états souverains comme étant hosti humanis generis, ou crimes contre l’humanité.
Le droit international et ses limites quant à la notion
Les articles 100 à 108 de la Convention des Nations Unies sur le droit à la mer sur la piraterie stipulent entre autres:
•    Article 100 : Obligation de coopérer à la répression de la piraterie
Tous les États coopèrent dans toute la mesure du possible à la répression de la piraterie en haute mer ou en tout autre lieu ne relevant de la juridiction d’aucun État.
•    Article 101 : Propriété de la piraterie
On entend par piraterie l’un quelconque des actes suivants :
•    tout acte illicite de violence ou de détention ou toute déprédation commis par l’équipage ou des passagers d’un navire ou d’un aéronef privé, agissant à des fins privées, et dirigé :
o    contre un autre navire ou aéronef, ou contre des personnes ou des biens à leur bord, en haute mer,
o    contre un navire ou aéronef, des personnes ou des biens, dans un lieu ne relevant de la juridiction d’aucun État ;
•    tout acte de participation volontaire à l’utilisation d’un navire ou d’un aéronef, lorsque son auteur a connaissance de faits dont il découle que ce navire ou aéronef est un navire ou aéronef pirate ;
•    tout acte ayant pour but d’inciter à commettre les actes définis aux lettres a) ou b), ou commis dans l’intention de les faciliter.
Tout ce canevas encadre en effet le fait illicite commis par des pirates en haute mer, mais au final qu’en est-il des raisons qui ont entraîné ces manifestations de violence de la part de ces jeunes pêcheurs et/ou jeunes convertis au piratage ? L’article 101 de la Convention définit comme « piraterie », « tout acte illicite de violence…ou de déprédation commis par l’équipage…d’un navire privé ». Cette restriction prouve à plusieurs degrés l’origine de la rédaction de ces textes, et l’incapacité des jeunes « pirates » de se défendre contre des actes qu’ils ont été naturellement poussés à commettre. L’aspect de la définition évoque la déprédation, qui est par ailleurs un dégât causé au milieu naturel, une dégradation volontaire des biens d’autrui ou de la collectivité. Définition intéressante, qui est juste limitée à la responsabilisation d’individus agissant en tant que personnes privées ou groupe.
Responsabilité des puissances
Comment aurait-on en effet pu condamner ou engager la responsabilité d’un Etat qui se rendrait coupable de déprédation ? Tout compte fait, cette Convention n’aurait en aucun cas aidé à y aboutir. Or l’Union Européenne s’est maintes fois, et ceci ne constitue qu’un cas isolé, d’autres Etats développés s’étant donnés à la même pratique,  rendue coupable de cet acte, en dégradant le milieu naturel des Etats côtiers en Afrique de l’est et australe notamment. D’ailleurs ces derniers ont si peu de moyens et sont si instables qu’ils n’auraient rien pu faire ni même rien constaté.
La dégradation vient également, en dehors du profit manifestement abusé, du fait de l’exploitation abusive et évidemment consciente, volontaire. Un ambitieux projet de réforme censé rendre la pêche européenne plus respectueuse de l’environnement devait avoir lieu en 2014 certes. Mais les derniers actes de déprédation de l’organisation à Madagascar et l’aveu de la commissaire à la Pêche Maria Damanaki, en donent le ton alambiqué. Cette dernière appelle régulièrement les Etats à oser de « vrais changements par rapport au passé », puisque le statu quo conduira à l’épuisement des ressources, que les pêcheurs européens sont aujourd’hui contraints d’aller chercher de plus en plus loin, aux quatre coins du globe.
Pendant que ces pêcheurs sont contraints donc d’aller chercher aux quatre coins du globe les ressources qui sont indispensables à leur vie, leur commerce, avec les moyens les plus sophistiqués, les pêcheurs africains munis de leurs barques, sont de plus en plus contraints eux de lutter pour leur survie. La question est celle de savoir pourquoi le droit international ne condamne que les seconds acteurs, autorisant les premiers à continuer de menacer l’espace vital des pêcheurs africains. Pourtant, il n’est plus à démontrer l’attachement des pays développés à leurs citoyens, et mieux, à leur territoire.
Une chose est unanime pour tous, c’est que la piraterie est fortement condamnable. C’est aussi l’avis des pays africains, prêts à juger les leurs en cas de responsabilité de pirates présumés.
C’est le cas de Maurice, qui a même signé avec l’Union européenne en juin 2011, un accord qui stipule qu’elle accepte de juger sur son sol les pirates présumés qui opèrent dans la zone de l’océan Indien.
Le financement de la construction de l’infrastructure nécessaire pour le projet provient de l’Union européenne. Le personnel chargé des investigations a reçu la formation appropriée, etc. C’est une drôle de coïncidence. D’autres pays ont pris le parti d’extrader les présumés coupables d’actes de piraterie.
L’Union européenne, où 80% des stocks de poissons recensés sont surexploités, est un des acteurs-clés de la surpêche. L’UE exporte également dans le monde entier des techniques de pêche subventionnées, et ceci dure depuis des décennies, au grand dam de la « communauté » internationale. L’UE exploite de plus en plus les côtes africaines, paie de moins en moins les Etats concernés, et appauvrit dans un double sens ces pays, et leurs citoyens, e l’occurrence ceux qui sont pêcheurs. Ces actes, à qui revient-il de les condamner, et sur la base de quel support juridique ? Puisque définitivement, ceux qui sont les rédacteurs de ce genre de texte et de restriction, ce sont encore les mêmes, soit les plus puissants. Ils sont en partie responsables des actes de piraterie et de terrorisme, et devraient être responsables au regard du droit international, de dommages directs et collatéraux.

Typologie des groupes sécessionnistes/ terroristes au Mali

Le 1 juillet 2012, Dans Terrorisme, Par Caludia Togbe

Etat des lieux La rébellion touareg au nord Mali exacerbée en février 2012 par le retour de milliers de Touaregs de Libye, et plus récemment par le coup d’état au Mali a eu d’énormes répercussions tant sur la population, sur la gouvernance politique malienne, que sur la stabilité et donc la sécurité. Sur la population, […]

Etat des lieux
La rébellion touareg au nord Mali exacerbée en février 2012 par le retour de milliers de Touaregs de Libye, et plus récemment par le coup d’état au Mali a eu d’énormes répercussions tant sur la population, sur la gouvernance politique malienne, que sur la stabilité et donc la sécurité.
Sur la population, l’impact est essentiellement d’ordre social, mais aussi économique. Avec la présence de groupes islamiques radicaux au Mali, ce sont toutes les habitudes des Maliens qui sont réduites aux ordres des intégristes. Des habitudes alimentaires, vestimentaires, à la fréquentation de bars et restaurants, en passant par les libertés individuelles et collectives, tout semble être désormais réglé au bon vouloir des islamistes radicaux.
Sur la gouvernance politique également, la situation est davantage préoccupante. Un gouvernement intérimaire est certes mis en place, en attendant l’organisation d’élections dans moins d’une année, mais en réalité, ce gouvernement est loin de détenir l’effectivité du pouvoir militaire. Il n’a pas non plus les coudées franches pour garantir à ses citoyens la sécurité, l’intégrité territoriale étant déjà mise à mal par divers groupes séparatistes dans la partie septentrionale du pays.
L’aspect sécuritaire est quant à lui l’un des problèmes les plus épineux, d’autant plus qu’en dehors de la présence d’Aqmi,  Al Qaida au Maghreb Islamique, et du MNLA, le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad, d’autres groupes se sont infiltrés dans des régions comme Tombouctou, Gao et Kidal. Il s’agit essentiellement des groupes Ansardine, Mujao et Boko Haram, qui lui, avait limité ses actions jusqu’à présent sur le territoire nigérian.
Force de nuisance

Le déroulement des faits a montré à maintes reprises que si le MNLA n’était pas forcément un groupe terroriste, contrairement à ce que s’efforcent de démontrer certains responsables de l’Union Africaine, il n’en demeure pas moins qu’il a mené des attaques contre le gouvernement central au Mali, au point d’inciter des groupes de populations à protester contre leur présence. L’objectif du MNLA est d’obtenir l’indépendance de l’Azawad, le territoire situé dans le nord du Mali.

•    MNLA : Mouvement Touareg en activité depuis des décennies, pour l’indépendance de l’Azawad
•    Zone d’intervention : nord-Mali
•    Chef de file : difficile à dire, le groupe étant enclin à des divisions de plusieurs ordres
•    Statut : actif, mais maîtrisable

Les actions néfastes d’Ansardine et d’Aqmi ne sont évidemment plus à démontrer. Ils font juste partie du projet d’Al Qaida d’implanter un réseau dans cette partie du monde, une poche fertile de l’Afrique de l’ouest, stratégique à plusieurs égards, compte tenu de sa fragilité et de son instabilité. Aqmi a en dehors de l’instabilité du gouvernement central malien, d’autres cordes à son arc dans la région, à savoir les prises d’otage, les trafics et la contrebande.
Iyad Ag Ghali est l’un des cerveaux de cette implantation de groupe salafiste dans le désert malien, mais est également un ancien leader de la rébellion Touareg de 1990. Son principal objectif, c’est d’imposer la charia sur tout le territoire malien.
•    Ansardine : “défenseurs ou supporters” de la religion ou croyance musulmane.
•    Zone d’intervention : nord Mali
•    Chef de file : Iyad Ag Ghali
•    Statut : actif, dangereux
Ansar dine, Ancar dine, ou encore Ançar Dine, est en effet le premier groupe salafiste rebelle à être actif à Abeibara, au nord de la ville de Kidal, dès Octobre 2011. Les membres du groupe se réclament d’être les “défenseurs ou supporters” de la religion ou croyance musulmane. On parle en réalité de “Ansar al-dine”, et le groupe faisait partie d’autres forces qui combattaient l’armée malienne en mars 2012, à Aguelhoc et à Tessalit.
C’est ainsi que le leader Cheikh Ag Aoussa du groupe formé entre autres par le secrétariat de ADC (Alliance Démocratique du 23 mai pour le Changement) pour les Relations Internationales avait annoncé la volonté du groupe de se battre pour l’instauration de la charia au Mali. « Nous sommes le groupe Ançar Dine, nous combattons sous le commandement du Cheikh Iyad Ag Ghaly, nous nous considérons comme une partie de la société malienne musulmane ».
Le Mujao est le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad  en Afrique de l’Ouest. Le groupe islamiste armé est présent dans le nord du  Mali, mais aussi dans des pays de la sous-région, dont certains natifs en seraient membres. Sa politique est en grande partie anti-algérienne, avec à son actif des enlèvements d’étrangers dans le pays, de diplomates algériens sur le territoire malien, etc. le mouvement en définitive, a une origine et des contours encore mal cernés, ce qui est davantage inquiétant.

•    Mujao : Mouvement pour l’Unicité et le Jihad  en Afrique de l’Ouest.
•    Zone d’intervention : nord Mali et Algérie
•    Chef de file : Abou Gaâgaâ, d’oringine mauritanienne
•    Statut : actif, dangereux

Il serait formé par un conglomérat de djihadistes, étrangers aux communautés ethniques présentes dans le Nord Mali.  Il y a donc de fortes raisons de penser qu’il s’agirait d’une machine de guerre constituée dans le Sahel, chargée d’opérer en particulier contre l’Algérie, comme le prouvent d’ailleurs les faits revendiqués par le groupe djihadiste.
Boko Haram enfin, est un groupe islamique radical également, implanté au Nigeria, avec comme objectif l’imposition de la charia dans tout le nord du Nigeria. Le groupe est néanmoins instrumentalisé par les hommes politiques nigérians, aux fins de règlements de comptes entre adversaires politiques, ou trafics de produits prohibés.

•    Boko Haram : « l’éducation occidentale est un péché
•    Zone d’intervention : Nigeria, Mali
•    Chef de file : difficile à identifier, depuis le décès du fondateur du groupe, il y a plutôt des porte-parole
•    Statut : actif, dangereux

Ben Laden mort, « La bataille morale culturelle » continue

Le 22 mars 2012, Dans Terrorisme, Par Caludia Togbe

–    2 mai 2011 ou l’affaiblissement d’Al Qaida Après le 11 septembre 2001, le 2 mai 2011 a été considéré par nombre d’analystes comme étant la date de décès d’Al Qaida et donc de la nébuleuse terroriste. La deuxième date a pu pendant quelques mois donner raison aux tenants de cette thèse, compte tenu des […]

–    2 mai 2011 ou l’affaiblissement d’Al Qaida
Après le 11 septembre 2001, le 2 mai 2011 a été considéré par nombre d’analystes comme étant la date de décès d’Al Qaida et donc de la nébuleuse terroriste. La deuxième date a pu pendant quelques mois donner raison aux tenants de cette thèse, compte tenu des mouvements qui ont pu se dérouler au sein du groupe, à la cessation des actes terroristes ou à leur diminution du moins et à la réorganisation qui s’est avérée nécessaire après la mort d’Oussama Ben Laden.
Cette réorganisation était d’autant plus nécessaire qu’il leur fallait trouver une figure emblématique à la hauteur de Ben Laden. Ce dernier avait en effet été soutenu à un moment donné par près de 60% de la population arabe, tous pays arabes confondus et avait réussi à se hisser au rang d’icône dans la région.
–    Désillusion sur la mort du terrorisme
Il faut croire que c’était assez précoce de penser que les idéaux du groupe Al Qaida auraient cessé de faire sens avec la disparition du guerrier Ben Laden, parce qu’il avait fini par éveiller une identité musulmane renaissante à la face du monde et des grandes puissances en particulier. Faire abstraction de tout ce qui avait été monté, construit et de tout l’endoctrinement effectué aurait donc été assez simpliste. A preuve, le terrorisme promu par les ténors de la nébuleuse Al Qaida a trouvé un écho favorable entre autres au Nigeria avec Boko Haram par exemple, puis avec les actes mesurés et assumés d’un jeune arabe sur le territoire français. Mohamed Merah a réalisé à une échelle beaucoup plus réduite, ce qu’avait pensé, conduit et réalisé Oussama Ben Laden contre les puissances occidentales, et ceci, moins d’une année après la mort de ce dernier.
–    Le troisième âge du terrorisme djihadiste
Le premier âge du terrorisme teinté de la méthodologie de Khomeyni reprise par Ben Laden se limitait aux attaques contre les puissances occidentales, mais en dehors de leurs territoires. Les cibles étaient alors les ambassades ou les intérêts des puissances occidentales marqués par le critère d’extraterritorialité.
Le deuxième âge aurait importé le terrorisme sur les territoires européens et américains en particulier. Le 11 septembre 2001 en a été l’apothéose.
Le troisième âge du terrorisme djihadiste s’est davantage affirmé le 21 mars 2012, avec Mohamed Merah ; mais en réalité, aucun pays ne devrait se sentir épargné par l’ouverture de ce 3ème âge. La question est d’autant plus préoccupante qu’elle est caractérisée par deux critères difficilement maîtrisables par les services secrets, quels qu’ils soient.
*Premier critère : la présence d’Al Qaida en Europe est polymorphe et difficile à cerner. Elle s’est longtemps manifestée par des groupes islamiques partageant le même mot d’ordre et des cellules indépendantes qui se réclament de la lutte prônée par la nébuleuse Al Qaida. Mais le temps où le vétéran moudjahid expérimenté recrutait, formait et dirigeait un réseau semble révolu, d’où le deuxième critère.
*Le second élément prouve d’ailleurs que la progression des djihadistes, en particulier sur le territoire européen est davantage préoccupante, avec la présence de « touristes djihadistes » et mieux, celle de jeunes ayant aussi la nationalité du pays occidental qu’ils sont prêts à attaquer.
–  Mort de Mohamed Merah : « un terme à l’angoisse »
La réaction d’une partie de la classe politique française avant le décès du jeune Algérien laisse présager que la France ne se sentait pas forcément impliquée dans la responsabilité à l’origine de la justice qu’a voulu rendre le jeune homme à la mémoire des enfants palestiniens. Après l’opération du Raid à Toulouse, tout porte à croire dans les réactions des politiques, qu’une fois ce problème résolu, la France peut à nouveau baisser la garde.
Mais c’est oublier que cet acte de terreur est une réaction à la politique étrangère française, et qu’il y a désormais un élément à retenir : c’est que le règne des puissances occidentales est en train d’être terni et réduit par des pays émergents, qui eux-mêmes sont en train d’être secondés. La responsabilité internationale de l’individu reconnu comme étant aussi un acteur des relations internationales s’accompagne désormais de la réclamation du droit à la liberté et à la justice.
–    Le pouvoir de la vox populi
Ce pouvoir s’exprime de diverses manières en fonction des régions. En ce qui concerne le monde arabe, une minorité a opté pour le combat djihadiste, une autre, et la majorité d’ailleurs, pour celui pacifiste, à travers les révolutions ou le printemps arabe. En Asie, on assiste à un éveil progressif, mais certain des peuples. Les Japonais qui ont toujours fait montre d’une discipline incompréhensible par ailleurs tant à l’égard de leurs gouvernements qu’à l’égard du déchaînement de la nature avec le séisme du 11 mars et de la crise nucléaire qui en a résulté, demandent de plus en plus des comptes à la minorité dirigeante. En Chine, le phénomène se produit plutôt dans quelques villages et au sein de la jeunesse, et le même schéma pourrait se produire en Coré du nord, mais l’élément temporel y sera beaucoup plus lourd qu’ailleurs et dépendra pour beaucoup de l’évolution de la gouvernance du pays par Kim Jong-Un. En Afrique, l’on assiste à la montée du terrorisme dans le Sahel et en Afrique subsaharienne, au « terrorisme pirate » dans le Golfe de Guinée et dans la corne de l’Afrique, puis enfin à une tout autre donne : les coups d’Etat que certains appellent « démocratiques ».
Cette dernière forme de manifestation de la vox populi peut s’avérer dangereuse à plusieurs égards, à l’heure actuelle, compte tenu de l’effet de contagion que portent les coups d’Etat et de la vulnérabilité de la culture politique en vogue sur le continent africain. Mais dans le même temps, cela peut traduire une volonté des peuples d’accéder à une gouvernance plus transparente et à une meilleure répartition des ressources.

La fin de non-recevoir du Niger à la « notice rouge » d’interpole

Le 5 octobre 2011, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

5 octobre 2011 Après des décennies ponctuées de coups d’Etat militaire, de rébellion des touaregs, de crises alimentaires dues à des périodes de sécheresse accrues, mais aussi de relative accalmie, le Niger a fini par amorcer une période de stabilité démocratique. C’est dans un climat de renaissance de cet Etat démocratique que déjà, bien de […]

5 octobre 2011

Après des décennies ponctuées de coups d’Etat militaire, de rébellion des touaregs, de crises alimentaires dues à des périodes de sécheresse accrues, mais aussi de relative accalmie, le Niger a fini par amorcer une période de stabilité démocratique. C’est dans un climat de renaissance de cet Etat démocratique que déjà, bien de défis se présentent. La présence du fils de l’ex-président libyen Saadi Kadhafi au Niger et le refus des autorités nigériennes de l’extrader, repositionnent le pays sous les feux de la rampe.

Avec la transition démocratique brillamment menée par le militaire Salou Djibo en février 2010, c’est toute la classe politique et sociale nigérienne qui renaît. Et ceci, après un chaos institutionnel orchestré par l’ex président Mamadou Tandja qui menait toutes les actions inattendues mais nécessaires pour lui, dans l’optique de se maintenir au pouvoir. Le Niger peut à nouveau prendre à bras-le corps les réelles préoccupations de son peuple. Sans pour autant occulter le fait qu’il lui faut redorer son blason sur la scène internationale. Plus que jamais, sa politique étrangère doit suivre une matrice déterminante, respectant des enjeux incontournables tels que le terrorisme avec son lot de réalités diablement complexes.

Elle est d’ailleurs à l’épreuve, depuis la présence de l’un des fils du Colonel Kadhafi au Niger. Alors que l’organisation policière internationale Interpol a annoncé jeudi avoir émis une « notice rouge » pour demander à ses 188 pays membres l’arrestation de Saadi Kadhafi, à la demande du Conseil National de Transition, l’accusant de s’être emparé de biens par la force et l’intimidation quand il dirigeait la fédération libyenne de football, le gouvernement nigérien réitère à nouveau son refus d’effectuer l’extradition. Plusieurs raisons peuvent être à l’origine de cette décision de Niamey. Premièrement, il se peut que ce soit une manière de faire comprendre que le gouvernement nigérien est un Etat indépendant, et que ce faisant, il est tout à fait libre de prendre ce genre d’engagement ou non, de façon délibérée, autonome. Il peut donc s’agir de l’un des points majeurs de la politique étrangère du nouveau gouvernement démocratiquement élu. Se refaire une place de choix au sein du concert des nations. Cela passerait alors par le refus catégorique de la « politique de l’autruche ». Ce peut aussi être lié à l’armature normative du Niger. Selon la Constitution et les textes en vigueur, quel est le système en place pour solutionner un tel état de chose ? C’est important d’en avoir une idée pour comprendre la réaction des autorités du pays. A preuve, les autorités nigériennes sont aptes pour une extradition, mais à condition que cela passe par un accord en bonne et due forme entre les deux pays. Deuxièmement, il peut être question tout simplement de porter assistance à un « réfugié politique », compte tenu de la situation actuelle en Libye, alors que le Colonel Kadhafi fait face à un désenchantement sans précédent. Livrer l’un de ses fils ayant pourtant activement participé à la répression de manifestants durant la révolte, ferait éventuellement du Niger, un complice de ce qui pourrait advenir de lui, une fois aux prises des responsables de la transition libyenne. Mais en fait, au regard de la position du pays face à la demande d’Interpol, la question se pose de savoir si le Niger est en faveur d’une éviction de Kadhafi ou non?