Leçons d’une démocratie électorale

Le 12 mai 2012, Dans Bulletins électoraux, Par Caludia Togbe

La France est une vielle démocratie, et en raison de cet état de fait, il peut s’avérer répétitif, et même inutile d’évoquer les exemples que porte le processus électoral français. Pourtant, il s’avère crucial de revenir sur un certain nombre de points, compte tenu de la situation politique qui continue de prévaloir dans les pays […]

La France est une vielle démocratie, et en raison de cet état de fait, il peut s’avérer répétitif, et même inutile d’évoquer les exemples que porte le processus électoral français. Pourtant, il s’avère crucial de revenir sur un certain nombre de points, compte tenu de la situation politique qui continue de prévaloir dans les pays africains, avec un contexte de culture démocratique quasiment inexistant sinon illusoire pour certains.
L’exemple de démocratie électorale ne demeure certes pas inexistant en Afrique. Un demi-siècle après l’indépendance du pays, les dirigeants sénégalais ont bien réussi en 2012, à faire montre d’une grande maturité démocratique, en dépit de la crise patente dans laquelle s’était déroulé le processus électoral pour la présidentielle.
Contrairement au cas sénégalais et à d’autre en Afrique, il n’est nullement question d’environnement électoral sur fond de crise politique, ni de tension éventuelle pour la présidentielle française. D’ailleurs, le système est si évolué que les résultats provisoires étaient connu le même jour que celui du deuxième tour du scrutin présidentiel. L’exemple de la France, ancienne métropole pour plusieurs Etats africains force l’admiration.

Reconnaissance de défaite

Sur le continent européen et sur celui africain, les réalités démocratiques s’opposent presque systématiquement. Nul n’est besoin de rappeler qu’en Europe, il existe encore des démocraties dont la mise en œuvre, pour ce qui concerne l’alternance est entamée. D’ailleurs, le terme « victoire à la russe » de plus en plus usité en dit assez long.
Par contre, pour ce qui est de la France, un élément frappant interpelle : les médias et le climat de transparence dans lequel se déroulent les élections arrogent quelque peu au Conseil constitutionnel son rôle de proclamation des résultats électoraux. Non pas que ce rôle lui soit enlevé, mais plutôt que son rôle constitutionnellement acquis se trouve être camouflé par la communication et l’implication des citoyens eux-mêmes dans le jeu politique. A peine les grandes tendances se font connaître que déjà, le candidat sanctionné par le vote des électeurs effectue la démarche de reconnaissance de victoire de son adversaire.

C’est ce qui a manqué à Kumba Yala et ses partisans arrivés en 2ème tour lors du 1er tour de l’élection présidentielle  de la Guinée Bissau, en avril 2012.

Et mieux, en France, le Conseil constitutionnel n’a pas encore proclamé les résultats définitifs que deux jours après l’élection, la cérémonie du 8 mai devant la tombe du soldat inconnu implique déjà la participation commune des deux présidents, l’un sortant, l’autre nouveau, ceci, à une semaine de la passation du pouvoir.

Une autre leçon de démocratie, un 3ème tour à ne pas manquer

La défaite ne signifie pas pour autant la disparition de la scène politique, la déchéance, la perdition. En cela, la plupart des pays africains méconnaissent les jeux qui dictent ces principes, et davantage encore, le rôle fondamental des partis politiques. Bien qu’ayant perdu au 2nd tour du jeu électoral, avec un écart quasi minime, Nicolas Sarkozy a d’hors et déjà lancé la campagne pour le 3ème tour, à savoir les prochaines législatives. Quand bien même un parti politique ne gagne pas l’enjeu de la gouvernance du pays, il a la lourde mission de se faire présent dans la participation aux prises de décisions nationales, au sein d’instances telles que l’assemblée nationale, la Cour ou le Conseil constitutionnel, les instances de régulation des médias, etc. Ne pas le faire en effet, en pratiquant le politique de la chaise vide, c’est s’exposer à une gouvernance d’un parti unique ou dans une moindre mesure d’un parti dominant, en supposant que des partis satellitaires à celui principal existent et fonctionnent.
C’est donc dans cette optique que le jeu politique doit se faire par des leaders, suivant des idées, une ligne directrice, et  des valeurs clés. En Afrique, il semble que le jeu politique soit encore fondé sur le principe du « fils du terroir ». Non pas que ce soit une mauvaise chose en soi, mais là où cela devient condamnable, c’est que la gouvernance soit basée par la suite sur ce projet ethnique, et que les recrutements ne se fassent pas sur le mérite, mais sur le nom de famille, ou la familiarité entre le chef et le potentiel candidat à un poste. Evidemment, dans certaines circonstances, cela peut entraîner une crise si importante qu’elle découle en guerre civile, ou en partition du pays. Ailleurs, les frustrations s’accumulent, les chômeurs également, et l’insécurité se fait grandissante.

« One man, one vote »

Sur le continent africain, les dirigeants ont plus d’intérêt à contester les résultats d’un scrutin, plutôt qu’à reconnaître leur défaite. En conséquence, et ceci vaut plus pour les pays en situation de crise ou qui sortent d’une guerre, quand bien même l’une des parties n’a pas reçu l’onction de légitimité du peuple par la voix des urnes, le schéma classique de plus en plus soutenu par la société internationale, c’est bien la formation d’un gouvernement d’union nationale, ou alors le pays devient ingouvernable.
Pourtant, on l’a vu, du cas sénégalais où l’écart entre le nombre de voix obtenues par les deux adversaires était assez important, au cas français où ils étaient à peine distancés, il faut remarquer qu’en l’absence d’irrégularités majeures et de fraudes flagrantes menaçant l’expression authentique des électeurs, le plus important, c’est que le résultat des urnes soit respecté. L’exemple français en mai 2012 est d’autant plus frappant qu’en dépit de l’écart résiduel entre les voix des deux candidats, représentants des deux principaux partis du pays, les résultats n’ont pas suffi à créer entre les Français une scission si grande qu’elle entraîne des violences électorales.
De surcroît, des problèmes réels existent, liés aussi bien à la religion, à l’économie, à la finance, qu’au logement ou au chômage de plus en plus inquiétant. Et c’est simplement sur ces besoins et nécessités que tablent les Français, pas sur une supposition illusoire et erronée selon laquelle en cas d’accession au pouvoir d’un tel dirigeant, ce sera alors le cataclysme et que par conséquent, il faut mettre en branle n’importe quel stratagème pour l’en empêcher.
Le gouvernement qui ne parvient pas à leur garantir la résolution de ces préoccupations, les Français, au travers des urnes, décident de ne pas lui renouveler un mandat. La politique, ce n’est pas les mathématiques certes, mais le jeu électoral marqué par l’onction populaire lui, est bien un calcul fort simple. Encore faut-il que ceux qui détiennent ce pouvoir d’onction soient informés sur le jeu électoral, et l’enjeu qu’il représente. Autrement, le calcul est faussé d’avance, et peut l’être davantage avec ceux que ça arrange, ceux qui font du désordre, un choix politique.
C’est cette conscience électorale qui devrait en définitive interpeller les Africains, beaucoup plus que la personnalité de François Hollande, en tant que chef de file du parti socialiste, et nouveau président français. En conséquence, les questions liées à la françafrique, à l’aide au développement, à la francophonie économique, ou encore à des relations beaucoup plus amicales et respectueuses entre la France de Hollande et l’Afrique ne devraient pas mobiliser pour autant les ardeurs africaines.
Faudrait-il le rappeler, les pays occidentaux n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. L’Afrique devrait sur ce fait déterminer les siens, quitte à les modeler en fonction des dirigeants occidentaux, puisque c’est bien ce qui se fait hors du continent africain.

Consultation populaire en Syrie et au Sénégal

Le 15 mars 2012, Dans Bulletins électoraux, Par Caludia Togbe

La date du  26 février  a été un moment historique de plus inscrit dans les événements récents du Moyen-Orient pour la Syrie, et de l’Afrique pour le Sénégal. Dans les deux cas, l’acteur majeur était le peuple de ces pays, appelé à intervenir dans le système politique, en donnant son avis sur une question cruciale […]

La date du  26 février  a été un moment historique de plus inscrit dans les événements récents du Moyen-Orient pour la Syrie, et de l’Afrique pour le Sénégal. Dans les deux cas, l’acteur majeur était le peuple de ces pays, appelé à intervenir dans le système politique, en donnant son avis sur une question cruciale du moment.

Dans le cas du Sénégal, l’élément référent sur lequel les citoyens devaient se prononcer était relatif à l’alternance politique, ou à la reconduction du président Wade, de plus en plus décrié par l’opposition. Le schéma qui se présente avant le deuxième tour de l’élection, alors qu’aucun des deux candidats n’a pu recueillir la majorité qualifiée des voix est quelque peu complexe.

Le prochain jeu électoral sénégalais se jouera sur deux fronts. La première option qui se dessine, c’est que Wade gagne l’élection contre toute attente, ce qui suscitera sans aucun doute de nouvelles protestations. En la matière, la certitude est que tous les membres de l’opposition feront montre d’une solidarité sans faille pour exprimer leur mécontentement. Le système politique, loin du modèle démocratique, ressemblera peu ou prou à terme à une « République du camp présidentiel ». Mais pour que ce schéma soit réaliste, il faudrait encore que plusieurs ténors de l’opposition soutiennent le président sortant, et lui garantissent leur voix pour le second tour de la présidentielle, ainsi que celui de leur électorat.
Or, il semble que ce soit plutôt l’adversaire principal de Wade qui ait jusqu’à présent, les faveurs des ténors de l’opposition, du moins, pour ceux qui se sont prononcés. Deuxième schéma donc, Macky Sall réussi à forger les forces de l’opposition en sa faveur.

Le mot d’ordre reste évidemment « tout sauf Wade ». La victoire lui sera conditionnée par trois facteurs. Déjà, la jeunesse du candidat lui vaut le soutien de la couche juvénile, qui avait largement favorisé l’élection de Wade en 2000. Ce dernier avait en effet basé sa stratégie sur l’électorat des jeunes, auparavant quasiment absent des scrutins d’avant l’an 2000. 65% des électeurs âgés de 18 à 30 ans avaient alors voté en 2000 pour l’actuel président sortant.
Néanmoins, une décennie  plus tard, ce même électorat, insatisfait du contexte socioéconomique et politique du pays est à l’avant-garde des manifestations contre le pouvoir. Les revendications sont liées au chômage, à la vie chère, au népotisme, à la défiance à l’égard des institutions de la République.
Deuxième facteur, son opposition radicale à l’encontre de Karim Wade, quant à la gestion alambiquée de certains dossiers et le manque de reddition de compte au peuple, mais également son parcours remarquable constituent des atouts indéniables en sa faveur.
Il faut quand même rappeler qu’en juin 2007, alors qu’il était le seul candidat en lice, il avait été élu président de l’Assemblée nationale, par 143 voix sur 146. C’est un élément qui dénote de la confiance qu’il a gagné au niveau de cette instance majeure. En dépit des dissensions dans le camp des opposants, il y a fort à croire qu’il a d’énormes chances d’emporter le second tour de l’élection présidentielle. Même si en définitive une fois élu, le partage du pouvoir entre toutes ces forces en éveil risque d’être pour Macky Sall, une gageure.
Parce qu’en effet, et donc troisième facteur, si Macky Sall parvient à convaincre la majorité de l’électorat dakarois relativement jeune, qui était sur les fronts du mouvement « Y en a marre », il pourrait être le prochain président du Sénégal. La géopolitique de la capitale fait  en effet de Dakar un « faiseur de roi ». En 2000, la défaite d’Abdou Diouf dans l’expression du scrutin des  Dakarois lui avait fait perdre l’élection présidentielle. Mieux, en 2009, la perte de Dakar par le parti au pouvoir avec les résultats des élections régionales et municipales, avait entraîné un mouvement de suivi de plusieurs autres centres urbains.
Dakar représente certes à peine 0,03% de la superficie totale du pays, mais la ville abrite également plus de 22% de la population totale du pays, et représente la plus grande agglomération régionale. En raison donc de sa démographie et de son poids interne, (80% des services du pays et 75% des industries), la capitale est un véritable centre stratégique décisionnel, et semble être acquise à Macky Sall.
Mais la grande inconnue de tout ceci, c’est les 42% d’abstention au cours du premier scrutin. Le vote majoritaire de ce nombre considérable de Sénégalais en faveur de l’un ou de l’autre déterminera les résultats de l’élection.
Assad, la farce d’un référendum ?

En Syrie, la date du 26 février a consisté en un référendum sur la nouvelle Constitution que proposait le gouvernement Assad. Compte tenu du contexte actuel, cette forme de participation populaire à la chose publique était porteuse pour certains, d’espoir de rétablissement de la stabilité et d’ouverture du régime. Cette consultation du peuple, quelques soient les conditions d’organisation, aurait débouché sur toute une autre dynamique, si elle était intervenue aux lendemains du début de la contestation, en février 2011.
Elle aurait alors eu deux mérites : faire gagner du temps au gouvernement, et limiter aussi bien les débarquements d’instruments militaires que la détérioration de l’image du gouvernement syrien. Deuxième mérite, elle aurait réussi à calmer le peuple, mais aussi toute velléité de rébellion, à moyen ou à long terme, soutenue par des « pays tiers, ennemis » de l’Etat.
Mais en lieux et place, les contestations sont allées crescendo, désormais les rapports entre le peuple et le gouvernement, quelques soient les évolutions possibles, seront de l’ordre d’un décalage d’ascenseur. Parce que en réalité, ce n’est pas pour autant le chômage, la vie chère ou encore la misère qui ont répandu sur la Syrie ce vent de révolte. Avant les contestations, le taux de chômage en 2010 se situait autour de 8,4% de la population active soit un peu plus bas que la moyenne en France, ce qui est resté presque constant pour l’année 2011, et le taux de croissance était encore de l’ordre des 3,2% en 2011 et 6% en 2010, sans occulter les énormes potentialités de production pétrolières et de gaz, dont regorge le pays.
C’est plutôt l’absence de renouveau dans les institutions et la fermeture excessive du régime qui en sont en grande partie à la base, en dehors de l’effet contagion de la révolution arabe.
Et si le président Assad est toujours au pouvoir, en dépit des crimes contre l’humanité qui pèsent sur lui suite à la répression, c’est bien en grande partie en raison du soutien indéfectible de son partenaire russe. Au point que quand bien même le référendum a été organisé sous le contrôle et les tirs incessants de l’armée, le référendum a été pour la Russie « un pas considérable vers la démocratisation », étant donné que la carte majeure de ce référendum, c’est qu’il propose aux citoyens, la fin du monopole du parti Baas, le parti du président Assad, au pouvoir depuis près d’un demi-siècle.
Même si les deux ténors du Conseil de Sécurité qui font pièce à l’édiction d’une résolution de l’organe ont pour argument principal les conditions dans lesquelles s’étaient déroulées les mesures qui ont fait suite à la résolution contre le guide libyen,  la réalité est toute autre. Elle est d’ordre stratégique, économique, et liée à la volonté de la Russie surtout, de marquer sa présence sur la scène internationale. Vladimir Poutine ne courbera certainement pas de si tôt l’échine, déjà pour s’assurer la victoire à la présidentielle dans les meilleures conditions, et ensuite parce qu’elle est en quête d’influence.
Caludia Y. Togbé
Diplômée du cycle II ENAM, Diplomatie et relations internationales, Auditeur en DESS Management des élections Chaire UNESCO.

Sénégal et Nigeria : le spectre de la guerre civile ?

Le 9 février 2012, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

Un tour d’horizon sur notre espace régional proche, et deux situations semblent empreintes de craintes et de recherche de solutions. Celles du Sénégal, à l’ouest et celle du Nigeria, sur le flanc Est du Bénin. Le Sénégal est en train de connaître une véritable crise démocratique, avec une situation qui ressemble pour beaucoup de traits […]

Un tour d’horizon sur notre espace régional proche, et deux situations semblent empreintes de craintes et de recherche de solutions. Celles du Sénégal, à l’ouest et celle du Nigeria, sur le flanc Est du Bénin.
Le Sénégal est en train de connaître une véritable crise démocratique, avec une situation qui ressemble pour beaucoup de traits à celle dans laquelle l’ex-président nigérien, Mamadou Tandja, s’était fait acteur de la dissolution de toutes les institutions se mettant en porte-à-faux avec sa volonté de briguer un troisième mandat que ne lui permettait pourtant pas la constitution.

Le cas du Sénégal est néanmoins quelque peu différent. Le contexte aussi, puisque l’armée sénégalaise n’est pas porteuse de militaires de la trempe du chef d’escadron Salou Djibo, aptes à mener ce que d’aucuns appellent désormais « un coup d’Etat démocratique ». Un coup d’état militaire en l’état actuel de la crise n’est par conséquent pas envisageable. Mais après la décision du Conseil constitutionnel sur la reconnaissance juridique de la possibilité de Wade de briguer un autre mandat, et les réactions du G23, groupe de la société civile non favorable à sa candidature, il y a fort à craindre que des risques de troubles et d’instabilité planent sur le pays.
La différence tient également au fait que le président sénégalais a eu le temps de se faire maître de tout l’environnement institutionnel politique, profitant de la politique de la chaise vide de l’opposition lors des dernières élections législatives notamment d’une part, et de la garantie du soutien d’autres comme les membres du conseil constitutionnel d’autre part, contrairement à Tandja qui avait vu se dresser contre lui un mur de mécontentements et de protestations.
Par ailleurs, la crise casamançaise qui se ravive au sud du pays ne fait qu’exacerber cette situation politique à hauts risques, source de sérieuses inquiétudes.

Il demeure que Wade semble avoir une mainmise sur les institutions de la République et que nombre de Sénégalais ne voudraient plus qu’une alternance générationnelle, mais sans la présence de Karim Wade dans l’espace politique. Quant aux attaques en provenance de la région casamançaise, rien ne permet de dire que le gouvernement sénégalais contrôle la situation, compte tenue de l’organisation remarquable des rebelles, et des contacts qu’ils semblent avoir au sein de l’armée gouvernementale.
En ce qui concerne le Nigeria sur lequel nous nous attarderons, la situation intenable que seul maîtrise Boko Haram, une secte islamique nigériane qui mène un combat contre le gouvernement fédéral et les chrétiens du pays, continue de susciter moult préoccupations. « Boko Haram » signifie en haoussa « L’éducation occidentale est un péché ».
Le groupe est essentiellement composé d’Haoussa, un peuple connu pendant longtemps comme étant pacifique et apte à cohabiter avec des chrétiens et autres groupes religieux ou ethniques. Ce qui demeure une réalité dans tous les autres pays excepté le Nigeria. Encore que les Haoussa qui mènent cette lutte ne constituent qu’une frange de la population résidant sur le territoire du géant ouest africain.

Le groupe a été fondé en 2004, par Mohamed Yusuf, un prédicateur radical. Il a trouvé dans l’état de Borno, un terreau fertile, propice à ses aspirations pour deux raisons. La première, c’est qu’il s’agit de l’une des régions les plus déshéritées du Nigeria, avec Maiduguri comme capitale. La deuxième, qui se trouve être une conséquence de la première, c’est que le défaut d’un système éducatif adéquat et organisé a eu pour conséquence le fait que beaucoup de jeunes se sont trouvés abandonnés à eux-mêmes dans les rues, sans perspective d’avenir.
Du reste, les manifestations visibles de leurs actes, les medias les relaient à temps réel. De 2004 à 2009, le groupe prend de l’ampleur, et il lui est imputé de nombreuses attaques. Trois cibles principales : des postes de police avec de nombreux accrochages avec les forces de sécurité fédérales ; des églises, avec un rejet systématique de la religion chrétienne ; mais aussi d’autres groupes islamiques, à travers des conflits théologiques entre les disciples du chef  de la secte fondamentaliste de Mohamed Yusuf et plusieurs théologiens de la ville.
En août 2009, le successeur de Yusuf, Sanni Umaru, lance un appel à la guerre sainte au Nigeria. Dans un communiqué, il expliquait que le but de Boko Haram était d’«islamiser le Nigeria et d’instaurer la Charia pour la majorité musulmane du pays».
Les actions de la secte sont séparables en trois catégories. Une distinction qui dans le même temps permet de se rendre compte du profil des adhérents du groupe.
On trouve, parmi les militants non seulement des Islamistes, mais aussi des jeunes gens désespérés, qui gagnent moins de deux dollars par mois. Ce sont eux, à l’évidence, qui sont plus à mêmes aptes, à se faire endoctriner, au point de se muer en potentiels « Shahid », ou bombes humaines.
On trouve également des criminels, qui veulent déstabiliser le gouvernement central, depuis l’élection contestée de Jonatan Goodluck. Ceux-là seraient financés par des hommes politiques du pays, pour des intérêts d’ordre politique.
Et enfin, les têtes pensantes du groupe, qui tracent les lignes de conduite et donc représentent les preneurs de décision.
Ce sont ces derniers qui auraient donc pris contact avec d’autres groupes terroristes, en vue de bénéficier d’un soutien logistique, financier et également en termes de stratégie de combat. Des précautions qui jusqu’ici leur ont été fort utiles, d’autant plus que les mesures du gouvernement centrale pour mettre un terme à la terreur que sème le groupe islamique sont restées lettre morte. De la traque des combattants de Boko Haram jusqu’à la lutte physique, parvenant à éliminer le fondateur en 2009, ou encore de la politique du porte à porte de l’Etat, à la recherche d’armes dans les maisons, pour ainsi mettre la main sur ces ennemis invisibles, rien n’y fit. La démarche de négociation l’ex-président Olusegun Obasanjo n’a pas non plus favorisé une ouverture possible du groupe.
En pleine fête de noël 2011, d’autres attentats ont eu lieu dans des églises. Puis dans le nord du Nigeria, à l’encontre des chrétiens, qui sont systématiquement traqués et persécutés.
Le gouvernement nigérian semble être pris dans un étau. Et pourtant, des solutions existent. A moyen, comme à long terme. Celle de la négociation pour la première, en mettant en avant des personnalités membres du gouvernement, mais aussi des sages, d’origine Haoussa, pour aller en pourparler avec les membres de la secte. Pour les solutions à moyen terme, sur le plan politique, le respect de l’alternance au sommet de l’Etat, entre chrétiens et musulmans. Et sur le long terme, la mise en place d’un meilleur système éducatif, avec un encadrement des jeunes, en vue de leur assurer un avenir plus florissant. Il serait dès lors plus ardu pour quelques combattants de recruter aussi facilement des partisans pour la propagation et la mise en branle de leur idéologie.

Affrontements au Sénégal : le biocarburant source de tensions

Le 27 octobre 2011, Dans Développement, Par Caludia Togbe

Des heurts dans le village de Fanaye, au nord du Sénégal ont eu lieu dans la matinée du 26 octobre 2011, entre habitants divisés sur un projet privé de production de biocarburant. Bilan : au moins 1 mort et plusieurs blessés. Le Sénégal a été le théâtre de violences, entre villageois qui se sont battus à […]

Des heurts dans le village de Fanaye, au nord du Sénégal ont eu lieu dans la matinée du 26 octobre 2011, entre habitants divisés sur un projet privé de production de biocarburant. Bilan : au moins 1 mort et plusieurs blessés.

Le Sénégal a été le théâtre de violences, entre villageois qui se sont battus à coup de bâtons, de machettes, de gourdins et d’armes à feu artisanales dans la partie septentrionale du pays, dans la communauté rurale de Fanaye, département de Podor. Depuis plusieurs mois déjà, l’octroi de 20.000 hectares de terres par le Conseil rural à un promoteur privé italien en vue de la production de biocarburant soulevait quelque peu des inquiétudes au sein des autochtones. Une réunion du Conseil rural devait se tenir, mais a tourné en affrontements, avec des chefs du village et la population présente sur les lieux.

Les adversaires à ce projet craignent pour leur part la disparition de pâturages et le déplacement des populations de plusieurs villages de cette région. Pendant longtemps en effet, les habitants du village de Fanaye avaient sollicité la mise en œuvre de politiques pour favoriser l’amélioration de leurs conditions de vie, dans un village dont l’enclavement rendait difficile la traversée vers la route nationale, en particulier en période d’hivernage, pour évacuer les malades et femmes enceintes, ou transporter leurs productions agricoles. Depuis le début de cette année, c’est chose faite à Fanaye, avec un investissement du gouvernement sénégalais de cinq milliards de francs CFA. Mieux, le barrage en terre que cette construction a engendré a été source de nombreuses opportunités. D’une part en ce qui concerne les impacts positifs pour le développement agricole, où déjà les productions de cultures vivrières ont augmenté, dans cette zone riche d’un potentiel de 3.000 hectares de terres irrigables. D’autre part, trois groupements de producteurs ont été formés pour une meilleure organisation, ce qui était loin de faisabilité depuis une trentaine d’années. Avantages donc sur deux plans majeurs pour un pays en développement : la capacité agricole, puis l’emploi, et par extension, l’autonomie alimentaire et plus.

Si par le passé, le Sénégal avait déjà une politique de production de biocarburant avec le Brésil, il faut croire que toutes les régions du pays ne sont pas forcément favorables à de telles mesures. Bien que l’affrontement armé demeure inconcevable, quelque soit le type d’armes utilisées, la question de la consultation et de l’approbation des populations n’en demeure pas moins importante avant toute cession de terres, au vu de l’histoire de ce petit village. Si des garanties et mesures avaient été prises pour leur assurer d’autres alternatives sur le même espace ou ailleurs et s’il y avait eu quelque peu une concertation et une entente en bonne et due forme, ces affrontements auraient pu être évités. Preuve donc, que dans un même pays, d’une région à une autre, les relations entre groupes humains peuvent différer, en fonction de leurs représentations et de leur lien au territoire. Il s’agit par conséquent de violences sociales suite à un espace vital en « danger » pour les populations autochtones.