La banalisation de l’usage du vote

Le 7 septembre 2012, Dans Bulletins électoraux, Par Caludia Togbe

Dans son introduction au Dictionnaire du vote , René Rémond avance le caractère de l’universalité du vote, caractère davantage mis en exergue dans les nombreux recours au vote dans les différentes institutions et groupes associatifs. On retrouve le vote dans les conseils d’administration d’entreprises, les structures de logement social, les organisations de Sécurité sociale, les […]

Dans son introduction au Dictionnaire du vote , René Rémond avance le caractère de l’universalité du vote, caractère davantage mis en exergue dans les nombreux recours au vote dans les différentes institutions et groupes associatifs. On retrouve le vote dans les conseils d’administration d’entreprises, les structures de logement social, les organisations de Sécurité sociale, les associations, les communautés religieuses, etc. Il est difficile de parvenir à faire référence à un cors associatif dopé ou non par des grèves, des manifestations, fonctionnant régulièrement, sans pour autant qu’à aucun moment, n’intervienne une procédure de vote en vue d’élire des représentants. Il s’est ainsi formé au fil du temps ce qu’Elisabeth Dupoirier appelle une « civilisation du vote».

On vote également pour divers buts, à savoir l’élection de représentants, l’élection d’une personne à une fonction déterminée dans un groupe, ou encore pour adopter des textes. Les moyens eux aussi se diversifient pour permettre aux usagers d’exercer leur volonté. On vote dans l’urne ou par des gestes ; on opine du bras, on vote à main levée, à travers le bulletin, en faisant entendre sa voix, ou en faisant voir sa tête ; on vote par approbation ou par abstention. Autant d’utilisation du vote qui poussent Pascal Perrineau  à parler des « usages du vote ».
Ce qui néanmoins fait la grande différence entre toutes ces formes de vote et celui doté du caractère politique ou administratif mais lié à la représentation de tout un peuple ou d’une région, c’est comme l’affirme René Rémond , « l’exercice du suffrage universel et le postulat qui fait de ce dernier la seule source de légitimation du pouvoir politique».

Il est difficile de comprendre au final que cet exercice qui anime tant d’engouement dans autant de structures, groupes et à autant d’occasions n’entraîne pas forcément le même sentiment d’adhésion lorsqu’il s’agit des votes au niveau national.
Le dictionnaire Encarta définit par « banalisation », « le fait de rendre ou de devenir commun et de passer dans les habitudes de vie ». Le Larousse  quant à lui offre une définition beaucoup plus explicite du mot. Il s’agit de l’« action de rendre banal, commun ou courant quelque chose, de lui ôter son caractère rare ou original » ; il le définit également en tant qu’ « action de placer quelque chose sous le droit commun, de le soustraire à une affectation »spéciale ou de le priver de ses marques distinctives ». La banalisation du vote revient donc à en faire un instrument qui entre dans les habitudes sociétales de l’électeur. Il userait de ce vote tout comme il prendrait un bus pour se déplacer, plutôt qu’une voiture. Le citoyen a donc la faculté de voter, il lui revient par conséquent ou l’exercer ou de ne pas le faire.

La problématique du caractère obligatoire ou facultatif du vote se pose de fait. Véronique Bertile en fait cas dans Les paradoxes de la démocratie : droits et devoirs de l’lecteur et de l’élu . Pour l’auteur, « Chaque citoyen, lorsqu’il vote, exerce un droit qui lui appartient en propre en tant que détenteur d’une parcelle de la souveraineté, droit qu’il peut ne pas exercer. » L’abstentionnisme, dès lors qu’il atteint un certain seuil, peut être interprété comme étant une des causes et même une conséquence d’une démocratie en crise, puisque la représentativité de l’élu peut être remise en cause dans la légitimité de ses décisions et actions. D’où le lien entre abstention, légitimité des élus et crises des systèmes démocratiques en dépit du caractère libre et régulier de l’élection.

L’avertissement de Paul Brousse plus d’un siècle et demi après sur les systèmes de représentation trouve largement dans les taux de plus en plus élevé d’abstention aussi bien en Europe qu’en Afrique, son élément justificatif. A travers son interrogation « Où est la représentation ? », il évoque plusieurs questionnements que sont «Les politiques menées depuis des décennies profitent-elles réellement aux classes populaires ? Expriment-elles vraiment leur volonté ? Combien d’ouvriers, d’employés, de chômeurs siègent à l’Assemblée, et combien d’avocats, de dirigeants d’entreprises, de hauts fonctionnaires ? »  C’est peut-être la réponse négative à ces questions qui fonde le désintérêt des citoyens qui ne votent pas en dépit de leur capacité à le faire. S’il faut appliquer l’affirmation de Philippe Braud  «L’électeur vote par plaisir, beaucoup plus que pour défendre des intérêts » au comportement des abstentionnistes africains, il serait aisé de conclure qu’à partir du moment où les politiques des gouvernements qui se sont succédé au cours de plusieurs cycles électoraux n’ont pas convaincu cette catégorie d’électeur, il n’y a plus aucun plaisir, aucune obligation fut-elle-même morale, à accomplir l’acte de vote, puisqu’il n’en ressort rien au final.

Le cas le plus frappant en Afrique est celui malien, qui a enregistré sur plusieurs cycles électoraux, des taux record d’abstention.

Le paradoxe est pourtant que plusieurs études ont mis en exergue la qualité de la bonne gouvernance au Mali. Deux enquêtes d’opinion menées par Afro baromètre en 2001, et par la Commission Economique pour l’Afrique (CEA) en 2004 ont conclu que les citoyens maliens ont une perception assez favorable de leur système politique. Pour les auteurs de ces études , le système malien « repose sur des mécanismes qui encouragent une bonne participation du public au processus de décision et donc à la constitution d’une représentation politique: caractère concurrentiel du système, développement de la consultation politique, processus électoral participatif, etc. »

En dépit de ces notes reluisantes qui à l’égard de ce que l’on pourrait considérer comme une démocratie électorale, ou par précaution une jeune démocratie électorale, l’usage du vote par le citoyen s’est raréfié. Cette tendance malienne correspond en même temps à une érosion générale dans le monde, mais est davantage frappante dans ce pays d’Afrique de l’ouest.

Le taux de participation enregistré à l’élection présidentielle en 1992 était de 23,6% au premier tour en 1992 et de 20,9% au deuxième tour.  Au cours du suffrage suivant, en 1997, il était de 29,0%, il n’y avait pas eu de second tour. Les chiffres du taux d’abstention en 2002 convergent vers le même constat : 36,8% au premier tour et 30,2% au deuxième tour. Généralement, les taux d’abstention aux élections législatives sont connus comme étant beaucoup plus bas que ceux à l’élection présidentielle, indépendamment des pays. La même conclusion s’impose donc pour ce deuxième type d’élection politique. Aux législatives de 1992, le taux de participation était de 21,3% et de 21,6% en 1997.
En ce qui concerne le scrutin du 29 avril 2007 pour la présidentielle, le taux de participation  s’élevait à 36,24% et celui des législatives à 33,39% (1er tour) et à 32,19% (2nd) tour.
Le comble du paradoxe est que bien que le taux varie d’une région à l’autre, selon que l’on considère le milieu urbain ou le milieu rural, c’est au niveau du district de Bamako qui constitue l’un des plus grands centres de vote et qui nourrit la convoitise de tous les partis politiques que le plus faible taux de participation (15% au 1er tour des législatives et 13,99% au 2ème tour) est enregistré.
Certes, il est indéniable de prendre en compte le facteur structuro-fonctionnaliste, qui offre une grille de compréhension du vote abstentionniste en Afrique. En effet, plusieurs obstacles se sont à chaque scrutin dressés dans l’organisation des scrutins précédemment évoqués au Mali, renforçant le niveau du taux d’abstention, comme le défaut d’éducation citoyenne, les difficultés liées à l’inscription et surtout à la distribution des cartes d’électeurs et au découpage des circonscriptions électorales, etc. Néanmoins, ce facteur d’analyse ne doit pas non plus dissimuler le fait que « le principe de construction électorale de la légitimité des gouvernants et l’expression de la défiance citoyenne vis-à-vis des pouvoirs ont ainsi pratiquement toujours été liés ». Les votes abstentionnistes ne seraient donc à cet égard pas un phénomène destructeur de la démocratie, bien au contraire. Encore faut-il s’assurer que ces abstentions sont effectivement justifiables dans une large mesure par la pratique de la défiance, dans la logique de ce que Rosanvallon appelle une « démocratie de sanction », ou encore une « contre démocratie ». Pour ce fait, le niveau de maturité non pas de la démocratie nécessairement, mais du peuple s’avère nécessaire. Les citoyens doivent pour ainsi dire avoir l’opportunité d’agir comme des veto players , ce qui n’est pas évident dans l’état actuel des démocraties africaines.

Véronique Bertile prend le contre-pied de ces théories, pour expliquer les taux d’abstention par le caractère facultatif du vote. Elle propose pour cela de rendre le vote obligatoire. Parce qu’au-delà de son utilité pratique et statistique, le caractère obligatoire du vote répondrait à la nature même de la relation démocratique. « Il renvoie à la conception de l’électorat-fonction développée notamment par la théorie de la souveraineté nationale. Dans cette théorie, l’électeur est un des organes de la Nation : il exerce une fonction, non un droit » .
Mais avant d’appliquer en Afrique la théorie de Véronique Bertile sur la nécessité du vote obligatoire, il faudrait déjà qu’il existe sur le continent, des partis politiques fondés sur de véritables bases idéologiques, afin que l’électeur puisse avoir des choix censés et que son opinion soit basé sur un véritable modèle explicatif du vote.
La présence de partis politiques qui proposent différentes idéologies aux citoyens, selon qu’elles soient soft ou hard, à l’image des partis occidentaux de la gauche ou de la droite, de l’extrême pour les deux et d’autres centristes est d’autant plus importante qu’elle permettrait en Afrique de passer des votes liés à la légitimité personnelle de Max Weber ou aux votes ethniques, à des votes objectivement pensés. Il faut pouvoir passer des votes réactifs à des votes idéologisés et en cela, les partis politiques et la société civile ont un grand rôle à jouer. Ce comportement des électeurs se note déjà dans les pays occidentaux, au point où l’on parle de plus en plus de l’ « électeur rationnel ».
A partir de cette option, le vote protestataire pourrait être perçu comme étant un véritable motif expliquant l’abstention en Afrique, bien souvent justifié par l’analphabétisme des populations et le défaut de compréhension du système.
Pourtant, une autre réalité sur le continent africain est qu’en dehors de ceux qui détiennent le droit de vote et décident de ne pas l’exercer, il y a ceux qui sont exclus de droit ou de fait, et font partie pour certains, du taux d’abstention.

« Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. »

Le 24 juillet 2012, Dans Décryptage, Ils ont dit..., Par Caludia Togbe

« Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. » (Condition de l’homme moderne (1961), Hannah Arendt) La situation de plusieurs pays africains révèle un réel malaise tant social, économique, que politique. Il est d’ordre politique au Togo, au point où […]

« Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. »
(Condition de l’homme moderne (1961), Hannah Arendt)

La situation de plusieurs pays africains révèle un réel malaise tant social, économique, que politique. Il est d’ordre politique au Togo, au point où l’on assiste à une irruption de forces de l’ordre dans le domicile d’hommes politiques dénonçant la mauvaise gouvernance, à quelques semaines de la tenue d’élections. Les accusations vont de la violation de lois aux persécutions d’adversaires politiques, en passant par l’utilisation arbitraire de la force militaire.

La situation politique au Mali est encore moins reluisante, puisqu’elle révèle une imbrication de crises, tant au niveau du gouvernement, qu’au niveau des militaires, pour enfin créer des ruptures entre différentes forces politiques.
Il est d’ordre social au Zimbabwe, et est si profond avec les violations de droits de l’homme et autres mesures allant à l’encontre de la société, que l’Union Européenne s’est vue dans l’obligation d’intervenir, sans pour autant que cela ne change quoique ce soit. Il est également d’ordre social dans le Sahel, avec la crise alimentaire chronique qui y sévit.

L’aspect humanitaire n’est pas non plus épargné, notamment au nord Mali, où des violations flagrantes des droits de l’homme sont constatées depuis la tenue du coup d’Etat en  mars, et le règne des islamistes radicaux dans la partie septentrionale du pays. Les coûts sont également de nature culturelle, avec la destruction de trésors historiques, tels que les mausolées et autres composantes du patrimoine culturel malien.

Les signes sont de plus en plus inquiétants, et font pièce aux mesures de prudence que d’aucuns appellent de leurs vœux, puisqu’ en définitive, ce sont les plus faibles, les populations, qui trinquent et subissent les conséquences les plus désastreuses des crises.
De surcroît, les promesses d’avant-élection des candidats, liées à l’égalité de chance et de réconciliation, à l’amélioration de la situation des étudiants, et travailleurs, à la réalisation d’une révolution verte, à la construction d’infrastructures…ont laissé place à des discours creux.

Les hommes politiques africains ont l’art de composer et de préparer à la perfection leurs prises de parole et de jouer de la même manière avec la sensibilité des peuples qu’ils sont censés représenter.  C’est pourquoi les mêmes profils d’hommes politiques avides du pouvoir et de leurs intérêts personnels ne cesseront d’être élus. La grande majorité des populations tombe toujours dans leurs pièges et leur renouvelle à tous les coups sa confiance. Leurs préférences du moment, d’après-élections, ce sont les discours de louange, et la louange de leurs propres discours.
« En cette solennelle occasion, je me félicite de la bonne qualité de la coopération multidimensionnelle unissant la Chine et l’Afrique depuis plusieurs décennies. En effet, la présence chinoise en Afrique est marquée par de nombreuses réalisations et d’importants investissements économiques, socio-administratifs et culturels. C’est le lieu de rendre un vibrant hommage à la Chine, à son peuple et à ses leaders, au nom de l’Afrique tout entière pour le beau et magnifique nouveau siège de la Commission de l’Union Africaine et le Centre de Conférence qui vient d’ailleurs d’abriter le 19ème Sommet Ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de notre organisation continentale. » Président en exercice de l’Union Africaine, à l’occasion de la 5ème  Conférence ministérielle du forum sur la coopération Afrique-chine (focac) (Pékin, Chine 18-19 Juillet 2012).
Au-delà des formules diplomatiques de courtoisie à l’égard des retombées de la coopération, il ne devrait y avoir là aucune matière à se féliciter. De quelle qualité la coopération sino-africaine peut-elle se vêtir ? La présence chinoise en Afrique est marquée par de nombreuses réalisations, mais qu’en est-il de la présence africaine en Chine ? D’autant plus que la comparaison se fait ici entre un pays et un continent. C’est assez étonnant de se rendre compte que des dirigeants se félicitent du fait que la Chine offre à tout un continent, le bâtiment qui abrite la Commission de l’organisation continentale et il est ici question d’un continent composé d’une cinquantaine de pays.
Il est primordial que les dirigeants africains aient à l’esprit que les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Et sur la Chine, il suffit de prêter oreille à l’opinion des Chinois sur les Africains, pour s’en rendre compte. La coopération sino africaine est peut-être reluisante aux yeux des dirigeants africains, mais en réalité, elle est pleine d’incertitude et d’imprévisibilité. La Chine est à la conquête du monde, et à l’étape actuelle, elle ne fait que jouer des pions, acheter la sympathie des pays africains, endormir leurs dirigeants et peuples, pour mieux les supplanter au moment opportun.

Typologie des groupes sécessionnistes/ terroristes au Mali

Le 1 juillet 2012, Dans Terrorisme, Par Caludia Togbe

Etat des lieux La rébellion touareg au nord Mali exacerbée en février 2012 par le retour de milliers de Touaregs de Libye, et plus récemment par le coup d’état au Mali a eu d’énormes répercussions tant sur la population, sur la gouvernance politique malienne, que sur la stabilité et donc la sécurité. Sur la population, […]

Etat des lieux
La rébellion touareg au nord Mali exacerbée en février 2012 par le retour de milliers de Touaregs de Libye, et plus récemment par le coup d’état au Mali a eu d’énormes répercussions tant sur la population, sur la gouvernance politique malienne, que sur la stabilité et donc la sécurité.
Sur la population, l’impact est essentiellement d’ordre social, mais aussi économique. Avec la présence de groupes islamiques radicaux au Mali, ce sont toutes les habitudes des Maliens qui sont réduites aux ordres des intégristes. Des habitudes alimentaires, vestimentaires, à la fréquentation de bars et restaurants, en passant par les libertés individuelles et collectives, tout semble être désormais réglé au bon vouloir des islamistes radicaux.
Sur la gouvernance politique également, la situation est davantage préoccupante. Un gouvernement intérimaire est certes mis en place, en attendant l’organisation d’élections dans moins d’une année, mais en réalité, ce gouvernement est loin de détenir l’effectivité du pouvoir militaire. Il n’a pas non plus les coudées franches pour garantir à ses citoyens la sécurité, l’intégrité territoriale étant déjà mise à mal par divers groupes séparatistes dans la partie septentrionale du pays.
L’aspect sécuritaire est quant à lui l’un des problèmes les plus épineux, d’autant plus qu’en dehors de la présence d’Aqmi,  Al Qaida au Maghreb Islamique, et du MNLA, le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad, d’autres groupes se sont infiltrés dans des régions comme Tombouctou, Gao et Kidal. Il s’agit essentiellement des groupes Ansardine, Mujao et Boko Haram, qui lui, avait limité ses actions jusqu’à présent sur le territoire nigérian.
Force de nuisance

Le déroulement des faits a montré à maintes reprises que si le MNLA n’était pas forcément un groupe terroriste, contrairement à ce que s’efforcent de démontrer certains responsables de l’Union Africaine, il n’en demeure pas moins qu’il a mené des attaques contre le gouvernement central au Mali, au point d’inciter des groupes de populations à protester contre leur présence. L’objectif du MNLA est d’obtenir l’indépendance de l’Azawad, le territoire situé dans le nord du Mali.

•    MNLA : Mouvement Touareg en activité depuis des décennies, pour l’indépendance de l’Azawad
•    Zone d’intervention : nord-Mali
•    Chef de file : difficile à dire, le groupe étant enclin à des divisions de plusieurs ordres
•    Statut : actif, mais maîtrisable

Les actions néfastes d’Ansardine et d’Aqmi ne sont évidemment plus à démontrer. Ils font juste partie du projet d’Al Qaida d’implanter un réseau dans cette partie du monde, une poche fertile de l’Afrique de l’ouest, stratégique à plusieurs égards, compte tenu de sa fragilité et de son instabilité. Aqmi a en dehors de l’instabilité du gouvernement central malien, d’autres cordes à son arc dans la région, à savoir les prises d’otage, les trafics et la contrebande.
Iyad Ag Ghali est l’un des cerveaux de cette implantation de groupe salafiste dans le désert malien, mais est également un ancien leader de la rébellion Touareg de 1990. Son principal objectif, c’est d’imposer la charia sur tout le territoire malien.
•    Ansardine : “défenseurs ou supporters” de la religion ou croyance musulmane.
•    Zone d’intervention : nord Mali
•    Chef de file : Iyad Ag Ghali
•    Statut : actif, dangereux
Ansar dine, Ancar dine, ou encore Ançar Dine, est en effet le premier groupe salafiste rebelle à être actif à Abeibara, au nord de la ville de Kidal, dès Octobre 2011. Les membres du groupe se réclament d’être les “défenseurs ou supporters” de la religion ou croyance musulmane. On parle en réalité de “Ansar al-dine”, et le groupe faisait partie d’autres forces qui combattaient l’armée malienne en mars 2012, à Aguelhoc et à Tessalit.
C’est ainsi que le leader Cheikh Ag Aoussa du groupe formé entre autres par le secrétariat de ADC (Alliance Démocratique du 23 mai pour le Changement) pour les Relations Internationales avait annoncé la volonté du groupe de se battre pour l’instauration de la charia au Mali. « Nous sommes le groupe Ançar Dine, nous combattons sous le commandement du Cheikh Iyad Ag Ghaly, nous nous considérons comme une partie de la société malienne musulmane ».
Le Mujao est le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad  en Afrique de l’Ouest. Le groupe islamiste armé est présent dans le nord du  Mali, mais aussi dans des pays de la sous-région, dont certains natifs en seraient membres. Sa politique est en grande partie anti-algérienne, avec à son actif des enlèvements d’étrangers dans le pays, de diplomates algériens sur le territoire malien, etc. le mouvement en définitive, a une origine et des contours encore mal cernés, ce qui est davantage inquiétant.

•    Mujao : Mouvement pour l’Unicité et le Jihad  en Afrique de l’Ouest.
•    Zone d’intervention : nord Mali et Algérie
•    Chef de file : Abou Gaâgaâ, d’oringine mauritanienne
•    Statut : actif, dangereux

Il serait formé par un conglomérat de djihadistes, étrangers aux communautés ethniques présentes dans le Nord Mali.  Il y a donc de fortes raisons de penser qu’il s’agirait d’une machine de guerre constituée dans le Sahel, chargée d’opérer en particulier contre l’Algérie, comme le prouvent d’ailleurs les faits revendiqués par le groupe djihadiste.
Boko Haram enfin, est un groupe islamique radical également, implanté au Nigeria, avec comme objectif l’imposition de la charia dans tout le nord du Nigeria. Le groupe est néanmoins instrumentalisé par les hommes politiques nigérians, aux fins de règlements de comptes entre adversaires politiques, ou trafics de produits prohibés.

•    Boko Haram : « l’éducation occidentale est un péché
•    Zone d’intervention : Nigeria, Mali
•    Chef de file : difficile à identifier, depuis le décès du fondateur du groupe, il y a plutôt des porte-parole
•    Statut : actif, dangereux

Vers une impasse au Mali

Le 25 mars 2012, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

Contrairement à la mémoire collective au sein du monde arabe, il semblerait que les Africains au sud du Sahara aient été convaincus depuis les indépendances que les révolutions pacifiques ne fonctionneraient jamais dans leurs pays. D’où le fait que l’on assiste encore à des coups d’Etat dans des pays où l’on aurait pourtant cru cette […]

Contrairement à la mémoire collective au sein du monde arabe, il semblerait que les Africains au sud du Sahara aient été convaincus depuis les indépendances que les révolutions pacifiques ne fonctionneraient jamais dans leurs pays. D’où le fait que l’on assiste encore à des coups d’Etat dans des pays où l’on aurait pourtant cru cette option éliminée par le franchissement de paliers, si infinitésimaux soient-ils, menant impérativement à la démocratie et à un Etat de droit.
La situation sécuritaire au Mali exacerbée par le retour des Touaregs de Libye d’une part et les affrontements depuis février 2012 d’autre part était assez préoccupante certes, mais ne laissait néanmoins pas deviner un scénario-catastrophe comme celui du jeudi 22 mars 2012.
Ce qui aurait pu être prévisible a contrario, c’est la non tenue à bonne date de l’élection présidentielle initialement prévue pour avril 2012. Ceci pour deux raisons majeures :
–    L’insécurité grandissante au nord Mali favorisée par la grande organisation des rebelles qui ont réussi à forger différents mouvements en un seul, le MNLA, avec de possibles liens avec Aqmi, un état-major et une cellule pensante visiblement bien structurée.
–    Deuxième raison, c’est qu’en dépit de la date imminente du scrutin, il semblerait que les conditions pour la mise en place du dispositif électoral soient loin d’être remplies. C’est d’ailleurs cet aspect de la situation qui a fait croire à certains que le Mali frôlait le climat politique qu’avait volontairement instauré Laurent Gbagbo à maintes reprises, repoussant inlassablement l’organisation de l’élection pour laquelle il avait certainement quelque appréhension. Quoique les deux situations de la Côte d’Ivoire à cette période et du Mali actuel ne sont pas semblables. C’est aussi l’un des arguments-force des putschistes dirigés par le capitaine Amadou Sanogo, qui justifient également leur acte par l’ »incapacité d président destitué à gérer la situation sécuritaire » à laquelle est confronté le Mali ».
La question reste tout de même posée de savoir si une élection aurait pu effectivement être organisée avec les attaques incessantes des rebelles contre les forces maliennes moins équipées que les rebelles et donc frustrées pour les revers essuyés depuis trois mois.
Mais en définitive, l’élément autour duquel il est utile de focaliser l’attention, c’est la situation actuelle au Mali et notamment à Bamako. On ne saurait assimiler le coup d’Etat du 22 mars à un « coup d’Etat démocratique ». Les deux notions de « coup d’Etat » et «démocratique » ne peuvent en effet ni être assimilables, ni inclusives et l’une ne pourrait en aucune manière justifier l’autre. Ce sont sans doute plutôt des forces centrifuges d’un Etat démocratique, ou en voie de démocratisation.
Par contre, il aurait été adéquat d’évoquer l’idée d’un coup d’Etat salutaire qui aurait pu être justifié si l’intervention avait été sollicitée par la classe politique malienne, ce qui n’a pas été le cas. La situation n’est donc en rien semblable au coup d’Etat de Salou Djibo au Niger, souhaité par la classe politique, après les dissolutions successives des institutions de la République dont les responsables faisaient pièce à la volonté de Mamadou Tandja de s’éterniser au pouvoir.
Il ne serait donc pas non plus raisonnable de croire en définitive que la mauvaise gouvernance suffit à expliquer et à tolérer le déclenchement d’une guerre ou l’exercice d’un coup d’Etat. Au Liberia, Charles Taylor s’était bien servi de la mauvaise gouvernance du régime de Doé, autocratique et dictatorial, pour manipuler et forger sa rébellion.
C’est d’ailleurs le modèle nigérien qui permet d’avoir accès aux intentions probables des dirigeants du Comité National pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’État (CNRDR). D’abord, le coup d’Etat n’assure en aucune façon une stabilisation de la situation sécuritaire malienne, avec les volontés indépendantistes des Touaregs de l’Azawad.
Il faut  noter dans le même temps que la probabilité pour que des éléments du MNLA négocient avec les putschistes actuels en faveur d’accords n’est pas exclue. Compte tenu des nombreux enjeux dans la région et des trafics qui s’y font également, il faut espérer que lesdits accords ne détournent pas l’attention des soldats maliens sur la mission dévolue en principe à l’armée.
Ensuite, le comportement de la société malienne sera déterminant sur la suite que les putschistes donneront à la gouvernance de l’Etat. S’ils ont l’impression d’être applaudis, remerciés par ne serait-ce qu’une partie de la population, ou d’avoir mené une action pour répondre au poids de la mémoire collective avec la politique d’autiste de Amadou Toumani Touré, ils pourraient y voir une sorte de légitimité et alors, le danger serait que par la suite, ils trouvent le moyen de s’éterniser au pouvoir, comme l’a fait Daddis Camara pour la Guinée, après une gouvernance despotique de Lansana Conté. Et cette théorie de l’accès au pouvoir ou de la volonté de s’y éterniser par l’ultime but d’accaparement des rentes ou pour la puissance que procure la gestion du pouvoir en Afrique s’appliquerait alors aussi au Mali, non pas en tant que fondement du coup d’Etat nécessairement, mais éventuellement en tant qu’argument qui pourrait justifier le statut quo du coup d’Etat.
Enfin, il faut croire que ce dernier schéma est fort probable dans la situation actuelle, puisque contrairement aux putschistes de Mamadou Tandja, le capitaine Amadou Sanogo et ses hommes ne se sont pas formellement prononcés sur le calendrier d’organisation de l’élection présidentielle, ni même sur un transfèrement du pouvoir aux civils comme voulait le faire Jean-Marie Doré, communément désigné par la classe politique guinéenne après que Daddis Camara ait été blessé par son aide de camp en Guinée en 2010. D’ailleurs dans le présent cas, les institutions de la République avaient été systématiquement dissoutes, ce qui exclut mais ne rend pas impossible non plus un appel éventuel aux civils pour la gestion commune du pouvoir, en attendant l’élection. la formation du prochain gouvernement provisoire permettra de répondre à nombre d’interrogations sur les réelles intentions du Comité
Par conséquent, et aux dires des putschistes, il ne faudra espérer une élection présidentielle au Mali, qu’à partir du moment où la situation sécuritaire serait résolue. Le problème, c’est que les Touaregs du MNLA ne démordront pas aussi facilement dans leurs aspirations à la sécession. Donc au final, le Mali s’enfonce lentement dans une véritable impasse.