Sénégal et Nigeria : le spectre de la guerre civile ?

Le 9 février 2012, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

Un tour d’horizon sur notre espace régional proche, et deux situations semblent empreintes de craintes et de recherche de solutions. Celles du Sénégal, à l’ouest et celle du Nigeria, sur le flanc Est du Bénin. Le Sénégal est en train de connaître une véritable crise démocratique, avec une situation qui ressemble pour beaucoup de traits […]

Un tour d’horizon sur notre espace régional proche, et deux situations semblent empreintes de craintes et de recherche de solutions. Celles du Sénégal, à l’ouest et celle du Nigeria, sur le flanc Est du Bénin.
Le Sénégal est en train de connaître une véritable crise démocratique, avec une situation qui ressemble pour beaucoup de traits à celle dans laquelle l’ex-président nigérien, Mamadou Tandja, s’était fait acteur de la dissolution de toutes les institutions se mettant en porte-à-faux avec sa volonté de briguer un troisième mandat que ne lui permettait pourtant pas la constitution.

Le cas du Sénégal est néanmoins quelque peu différent. Le contexte aussi, puisque l’armée sénégalaise n’est pas porteuse de militaires de la trempe du chef d’escadron Salou Djibo, aptes à mener ce que d’aucuns appellent désormais « un coup d’Etat démocratique ». Un coup d’état militaire en l’état actuel de la crise n’est par conséquent pas envisageable. Mais après la décision du Conseil constitutionnel sur la reconnaissance juridique de la possibilité de Wade de briguer un autre mandat, et les réactions du G23, groupe de la société civile non favorable à sa candidature, il y a fort à craindre que des risques de troubles et d’instabilité planent sur le pays.
La différence tient également au fait que le président sénégalais a eu le temps de se faire maître de tout l’environnement institutionnel politique, profitant de la politique de la chaise vide de l’opposition lors des dernières élections législatives notamment d’une part, et de la garantie du soutien d’autres comme les membres du conseil constitutionnel d’autre part, contrairement à Tandja qui avait vu se dresser contre lui un mur de mécontentements et de protestations.
Par ailleurs, la crise casamançaise qui se ravive au sud du pays ne fait qu’exacerber cette situation politique à hauts risques, source de sérieuses inquiétudes.

Il demeure que Wade semble avoir une mainmise sur les institutions de la République et que nombre de Sénégalais ne voudraient plus qu’une alternance générationnelle, mais sans la présence de Karim Wade dans l’espace politique. Quant aux attaques en provenance de la région casamançaise, rien ne permet de dire que le gouvernement sénégalais contrôle la situation, compte tenue de l’organisation remarquable des rebelles, et des contacts qu’ils semblent avoir au sein de l’armée gouvernementale.
En ce qui concerne le Nigeria sur lequel nous nous attarderons, la situation intenable que seul maîtrise Boko Haram, une secte islamique nigériane qui mène un combat contre le gouvernement fédéral et les chrétiens du pays, continue de susciter moult préoccupations. « Boko Haram » signifie en haoussa « L’éducation occidentale est un péché ».
Le groupe est essentiellement composé d’Haoussa, un peuple connu pendant longtemps comme étant pacifique et apte à cohabiter avec des chrétiens et autres groupes religieux ou ethniques. Ce qui demeure une réalité dans tous les autres pays excepté le Nigeria. Encore que les Haoussa qui mènent cette lutte ne constituent qu’une frange de la population résidant sur le territoire du géant ouest africain.

Le groupe a été fondé en 2004, par Mohamed Yusuf, un prédicateur radical. Il a trouvé dans l’état de Borno, un terreau fertile, propice à ses aspirations pour deux raisons. La première, c’est qu’il s’agit de l’une des régions les plus déshéritées du Nigeria, avec Maiduguri comme capitale. La deuxième, qui se trouve être une conséquence de la première, c’est que le défaut d’un système éducatif adéquat et organisé a eu pour conséquence le fait que beaucoup de jeunes se sont trouvés abandonnés à eux-mêmes dans les rues, sans perspective d’avenir.
Du reste, les manifestations visibles de leurs actes, les medias les relaient à temps réel. De 2004 à 2009, le groupe prend de l’ampleur, et il lui est imputé de nombreuses attaques. Trois cibles principales : des postes de police avec de nombreux accrochages avec les forces de sécurité fédérales ; des églises, avec un rejet systématique de la religion chrétienne ; mais aussi d’autres groupes islamiques, à travers des conflits théologiques entre les disciples du chef  de la secte fondamentaliste de Mohamed Yusuf et plusieurs théologiens de la ville.
En août 2009, le successeur de Yusuf, Sanni Umaru, lance un appel à la guerre sainte au Nigeria. Dans un communiqué, il expliquait que le but de Boko Haram était d’«islamiser le Nigeria et d’instaurer la Charia pour la majorité musulmane du pays».
Les actions de la secte sont séparables en trois catégories. Une distinction qui dans le même temps permet de se rendre compte du profil des adhérents du groupe.
On trouve, parmi les militants non seulement des Islamistes, mais aussi des jeunes gens désespérés, qui gagnent moins de deux dollars par mois. Ce sont eux, à l’évidence, qui sont plus à mêmes aptes, à se faire endoctriner, au point de se muer en potentiels « Shahid », ou bombes humaines.
On trouve également des criminels, qui veulent déstabiliser le gouvernement central, depuis l’élection contestée de Jonatan Goodluck. Ceux-là seraient financés par des hommes politiques du pays, pour des intérêts d’ordre politique.
Et enfin, les têtes pensantes du groupe, qui tracent les lignes de conduite et donc représentent les preneurs de décision.
Ce sont ces derniers qui auraient donc pris contact avec d’autres groupes terroristes, en vue de bénéficier d’un soutien logistique, financier et également en termes de stratégie de combat. Des précautions qui jusqu’ici leur ont été fort utiles, d’autant plus que les mesures du gouvernement centrale pour mettre un terme à la terreur que sème le groupe islamique sont restées lettre morte. De la traque des combattants de Boko Haram jusqu’à la lutte physique, parvenant à éliminer le fondateur en 2009, ou encore de la politique du porte à porte de l’Etat, à la recherche d’armes dans les maisons, pour ainsi mettre la main sur ces ennemis invisibles, rien n’y fit. La démarche de négociation l’ex-président Olusegun Obasanjo n’a pas non plus favorisé une ouverture possible du groupe.
En pleine fête de noël 2011, d’autres attentats ont eu lieu dans des églises. Puis dans le nord du Nigeria, à l’encontre des chrétiens, qui sont systématiquement traqués et persécutés.
Le gouvernement nigérian semble être pris dans un étau. Et pourtant, des solutions existent. A moyen, comme à long terme. Celle de la négociation pour la première, en mettant en avant des personnalités membres du gouvernement, mais aussi des sages, d’origine Haoussa, pour aller en pourparler avec les membres de la secte. Pour les solutions à moyen terme, sur le plan politique, le respect de l’alternance au sommet de l’Etat, entre chrétiens et musulmans. Et sur le long terme, la mise en place d’un meilleur système éducatif, avec un encadrement des jeunes, en vue de leur assurer un avenir plus florissant. Il serait dès lors plus ardu pour quelques combattants de recruter aussi facilement des partisans pour la propagation et la mise en branle de leur idéologie.