Quand les dirigeants africains réclament une place au Conseil de sécurité onusien

Le 4 juillet 2012, Dans Ils ont dit..., Par Caludia Togbe

« Les cinq membres (permanents) du Conseil de sécurité, lorsqu’ils se réunissent, à l’ouverture du NY forum Africa à Libreville, ont un ordre du jour constitué à 90 % par des questions africaines, alors que l’Afrique n’est pas présente lors de ces débats. Il faut mettre un terme à cela », a affirmé M. Boni […]

« Les cinq membres (permanents) du Conseil de sécurité, lorsqu’ils se réunissent, à l’ouverture du NY forum Africa à Libreville, ont un ordre du jour constitué à 90 % par des questions africaines, alors que l’Afrique n’est pas présente lors de ces débats. Il faut mettre un terme à cela », a affirmé M. Boni Yayi, lors de l’ouverture du NY forum Africa à Libreville. Ledit forum réunissait un millier de participants de 50 pays différents pour réfléchir au développement du continent africain.

Pourtant, l’ordre du jour, c’était bien le développement du continent africain. Il est censé se faire entre membres du Conseil de sécurité pour que l’on y réclame la place de l’Afrique?

Si les dirigeants africains n’ont toujours pas intégré le fait que le continent a intérêt à prendre en main sa destinée, alors c’est que définitivement, ils refusent, eux dirigeants, le développement du continent noir.
Que l’Afrique ou un pays africain dispose ou non d’un siège au Conseil de sécurité, là n’est pas la  question. Il ne s’agit pas non plus de « la solution miracle » qui rendrait l’Afrique développée et riche, ou moins livrée à des tensions et conflits.
D’ailleurs s’il s’avère qu’effectivement, les questions débattues par les cinq membres permanents sont à 90% celles relatives à l’Afrique, c’est que définitivement, il se pose un réel problème, et que les Africains ont du mal à résoudre leurs problèmes. Et donc comme bien des fois, en Angola, en Sierra Leone ou même plus récemment en Côte d’Ivoire, il est indispensable de faire appel aux sapeurs pompiers de la société internationale, qui par ailleurs sont lesdits membres du Conseil de sécurité de l’ONU, mais aussi le bras financier des opérations de maintien de la paix. A quoi serviraient donc des pays africains qui déjà ont du mal à payer l’infime cotisation qui leur est demandée en tant que membres des Nations Unies ?

A quoi serviraient au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies, des pays dont les institutions régionales ont du mal à fonctionner ? Ou mieux, se livrent à des contradictions et combines de tout genre ? Si une place devait être octroyée au Conseil de sécurité sur le mérite, les pays africains ne seraient pas dans la toute première sélection, à l’instar de la manière dont les écureuils participent aux compétitions mondiales.
Pourquoi cette obsession à faire montre de déterminations creuses ou de discours passionnés sonnant pourtant tellement faux pour des sujets qui ne sont pas des plus essentiels ?

Une réforme est nécessaire certes, mais les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ne s’y sont pas retrouvés au départ, en tant que pays les plus accablés par des crises tensions et instabilités. Il s’agit de pays dont la politique suit une idéologie donnée, des pays qui tiennent au respect des peuples, à l’intérêt national, au suivi des décisions prises, à l’égalité dans le traitement des citoyens et non à la promotion de la médiocrité, et au respect des promesses. Ces pays ne passent pas le clair de leur temps à émettre des discours contemplatifs à l’égard de leurs propres « mérites » ou « succès ». Rarement ils se livreront à la louange de leurs discours, ou à des discours de louange du chef de l’Etat. Il s’agit enfin de pays qui n’ont pas fait l’option du désordre comme choix politique.

Les décisions des puissances montrent d’ailleurs clairement que si l’Afrique se situent dans leur agenda, c’est en terme d’intérêt économique. Au point que l’on a assisté à l’incitation à la violence, ou à l’inertie de ces Etats, pendant que des crimes sont perpétrés dans des pays africains. La résolution du système de conflit en Afrique de l’ouest avec au départ comme pays en crise le Liberia et la Sierra Leone n’a-t-elle pas été mise en échec par la lenteur de l’organisation universelle et la pro activité de la CEDEAO en dépit de la faiblesse de ses moyens ?

Le vrai travail au final se situe au sein des institutions régionales de l’Afrique, et de l’organisation continentale. Une fois qu’elles auront constitué de véritables pôles de pouvoir économiques et politiques, le jeu se fera de lui-même.

Leçons d’une démocratie électorale

Le 12 mai 2012, Dans Bulletins électoraux, Par Caludia Togbe

La France est une vielle démocratie, et en raison de cet état de fait, il peut s’avérer répétitif, et même inutile d’évoquer les exemples que porte le processus électoral français. Pourtant, il s’avère crucial de revenir sur un certain nombre de points, compte tenu de la situation politique qui continue de prévaloir dans les pays […]

La France est une vielle démocratie, et en raison de cet état de fait, il peut s’avérer répétitif, et même inutile d’évoquer les exemples que porte le processus électoral français. Pourtant, il s’avère crucial de revenir sur un certain nombre de points, compte tenu de la situation politique qui continue de prévaloir dans les pays africains, avec un contexte de culture démocratique quasiment inexistant sinon illusoire pour certains.
L’exemple de démocratie électorale ne demeure certes pas inexistant en Afrique. Un demi-siècle après l’indépendance du pays, les dirigeants sénégalais ont bien réussi en 2012, à faire montre d’une grande maturité démocratique, en dépit de la crise patente dans laquelle s’était déroulé le processus électoral pour la présidentielle.
Contrairement au cas sénégalais et à d’autre en Afrique, il n’est nullement question d’environnement électoral sur fond de crise politique, ni de tension éventuelle pour la présidentielle française. D’ailleurs, le système est si évolué que les résultats provisoires étaient connu le même jour que celui du deuxième tour du scrutin présidentiel. L’exemple de la France, ancienne métropole pour plusieurs Etats africains force l’admiration.

Reconnaissance de défaite

Sur le continent européen et sur celui africain, les réalités démocratiques s’opposent presque systématiquement. Nul n’est besoin de rappeler qu’en Europe, il existe encore des démocraties dont la mise en œuvre, pour ce qui concerne l’alternance est entamée. D’ailleurs, le terme « victoire à la russe » de plus en plus usité en dit assez long.
Par contre, pour ce qui est de la France, un élément frappant interpelle : les médias et le climat de transparence dans lequel se déroulent les élections arrogent quelque peu au Conseil constitutionnel son rôle de proclamation des résultats électoraux. Non pas que ce rôle lui soit enlevé, mais plutôt que son rôle constitutionnellement acquis se trouve être camouflé par la communication et l’implication des citoyens eux-mêmes dans le jeu politique. A peine les grandes tendances se font connaître que déjà, le candidat sanctionné par le vote des électeurs effectue la démarche de reconnaissance de victoire de son adversaire.

C’est ce qui a manqué à Kumba Yala et ses partisans arrivés en 2ème tour lors du 1er tour de l’élection présidentielle  de la Guinée Bissau, en avril 2012.

Et mieux, en France, le Conseil constitutionnel n’a pas encore proclamé les résultats définitifs que deux jours après l’élection, la cérémonie du 8 mai devant la tombe du soldat inconnu implique déjà la participation commune des deux présidents, l’un sortant, l’autre nouveau, ceci, à une semaine de la passation du pouvoir.

Une autre leçon de démocratie, un 3ème tour à ne pas manquer

La défaite ne signifie pas pour autant la disparition de la scène politique, la déchéance, la perdition. En cela, la plupart des pays africains méconnaissent les jeux qui dictent ces principes, et davantage encore, le rôle fondamental des partis politiques. Bien qu’ayant perdu au 2nd tour du jeu électoral, avec un écart quasi minime, Nicolas Sarkozy a d’hors et déjà lancé la campagne pour le 3ème tour, à savoir les prochaines législatives. Quand bien même un parti politique ne gagne pas l’enjeu de la gouvernance du pays, il a la lourde mission de se faire présent dans la participation aux prises de décisions nationales, au sein d’instances telles que l’assemblée nationale, la Cour ou le Conseil constitutionnel, les instances de régulation des médias, etc. Ne pas le faire en effet, en pratiquant le politique de la chaise vide, c’est s’exposer à une gouvernance d’un parti unique ou dans une moindre mesure d’un parti dominant, en supposant que des partis satellitaires à celui principal existent et fonctionnent.
C’est donc dans cette optique que le jeu politique doit se faire par des leaders, suivant des idées, une ligne directrice, et  des valeurs clés. En Afrique, il semble que le jeu politique soit encore fondé sur le principe du « fils du terroir ». Non pas que ce soit une mauvaise chose en soi, mais là où cela devient condamnable, c’est que la gouvernance soit basée par la suite sur ce projet ethnique, et que les recrutements ne se fassent pas sur le mérite, mais sur le nom de famille, ou la familiarité entre le chef et le potentiel candidat à un poste. Evidemment, dans certaines circonstances, cela peut entraîner une crise si importante qu’elle découle en guerre civile, ou en partition du pays. Ailleurs, les frustrations s’accumulent, les chômeurs également, et l’insécurité se fait grandissante.

« One man, one vote »

Sur le continent africain, les dirigeants ont plus d’intérêt à contester les résultats d’un scrutin, plutôt qu’à reconnaître leur défaite. En conséquence, et ceci vaut plus pour les pays en situation de crise ou qui sortent d’une guerre, quand bien même l’une des parties n’a pas reçu l’onction de légitimité du peuple par la voix des urnes, le schéma classique de plus en plus soutenu par la société internationale, c’est bien la formation d’un gouvernement d’union nationale, ou alors le pays devient ingouvernable.
Pourtant, on l’a vu, du cas sénégalais où l’écart entre le nombre de voix obtenues par les deux adversaires était assez important, au cas français où ils étaient à peine distancés, il faut remarquer qu’en l’absence d’irrégularités majeures et de fraudes flagrantes menaçant l’expression authentique des électeurs, le plus important, c’est que le résultat des urnes soit respecté. L’exemple français en mai 2012 est d’autant plus frappant qu’en dépit de l’écart résiduel entre les voix des deux candidats, représentants des deux principaux partis du pays, les résultats n’ont pas suffi à créer entre les Français une scission si grande qu’elle entraîne des violences électorales.
De surcroît, des problèmes réels existent, liés aussi bien à la religion, à l’économie, à la finance, qu’au logement ou au chômage de plus en plus inquiétant. Et c’est simplement sur ces besoins et nécessités que tablent les Français, pas sur une supposition illusoire et erronée selon laquelle en cas d’accession au pouvoir d’un tel dirigeant, ce sera alors le cataclysme et que par conséquent, il faut mettre en branle n’importe quel stratagème pour l’en empêcher.
Le gouvernement qui ne parvient pas à leur garantir la résolution de ces préoccupations, les Français, au travers des urnes, décident de ne pas lui renouveler un mandat. La politique, ce n’est pas les mathématiques certes, mais le jeu électoral marqué par l’onction populaire lui, est bien un calcul fort simple. Encore faut-il que ceux qui détiennent ce pouvoir d’onction soient informés sur le jeu électoral, et l’enjeu qu’il représente. Autrement, le calcul est faussé d’avance, et peut l’être davantage avec ceux que ça arrange, ceux qui font du désordre, un choix politique.
C’est cette conscience électorale qui devrait en définitive interpeller les Africains, beaucoup plus que la personnalité de François Hollande, en tant que chef de file du parti socialiste, et nouveau président français. En conséquence, les questions liées à la françafrique, à l’aide au développement, à la francophonie économique, ou encore à des relations beaucoup plus amicales et respectueuses entre la France de Hollande et l’Afrique ne devraient pas mobiliser pour autant les ardeurs africaines.
Faudrait-il le rappeler, les pays occidentaux n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. L’Afrique devrait sur ce fait déterminer les siens, quitte à les modeler en fonction des dirigeants occidentaux, puisque c’est bien ce qui se fait hors du continent africain.