Les limites de l’observation internationale des élections

Le 13 mars 2013, Dans Bulletins électoraux, Par Caludia Togbe

Le processus électoral, même sous contrôle international, ne garantit pas en réalité l’installation durable de la démocratie dans un pays. Il peut arriver qu’une élection relativement bien organisée, libre, honnête et transparente soit par la suite remise en cause par un coup d’Etat, comme au Mali en 2012, ou par une guerre civile, comme le […]

Le processus électoral, même sous contrôle international, ne garantit pas en réalité l’installation durable de la démocratie dans un pays. Il peut arriver qu’une élection relativement bien organisée, libre, honnête et transparente soit par la suite remise en cause par un coup d’Etat, comme au Mali en 2012, ou par une guerre civile, comme le cas de l’Angola. D’ailleurs, après plusieurs années, l’expérience a prouvé que même la conditionnalité démocratique posée au départ par les puissances pour répandre la démocratie n’était pas forcément la meilleure option, compte tenu des limites des résultats.
En fait, le mot « observation » a une origine latine, « observatio » qui signifie l’« action de regarder avec attention, de suivre l’évolution de quelque chose ». Considérant le sens strict du terme, la notion fait référence à « l’action de surveillance et de suivi (monitoring) d’une situation ou d’un événement mené dans un cadre interne ou international ».
Les observateurs sont donc des « personnes ou groupes de personnes ayant reçu le mandat, par un Etat, un groupe d’Etats ou une organisation internationale, de contrôler une situation ou de surveiller l’exécution d’un accord international. Par extension, les observateurs électoraux ou internationaux sont « des personnes compétentes en matière électorale qui ont pour fonction de suivre de près le déroulement, dans un pays, du processus électoral pour vérifier qu’il se déroule dans des conditions de liberté, conforme globalement aux normes pertinentes des droits de l’homme ». L’observateur international dont il est question ici est celui qui « envoyé chargé de voir, de juger, de constater pour témoigner et (…) rendre compte ».
Aussi, une distinction est faite entre les missions d’observation internationale et les missions internationales d’observation. En effet, l’observation internationale ou les missions d’observation internationale pourraient s’inscrire d’office dans un contexte où la situation est gérée sur le plan international, avec une implication directe ou indirecte de l’ONU, mais ne relevant plus de la compétence exclusive d’un Etat, ou d’un groupe d’Etats. Les missions de certification d’une élection se situent par exemple dans l’optique d’une observation internationale ou dans le mandat d’une mission d’observation internationale plus précisément. En revanche, les missions internationales d’observation sont celles qui s’effectuent entre deux ou plusieurs pays, sur le plan international. Il s’agit donc de missions bilatérales et de missions multilatérales, n’impliquant toutefois pas l’ONU, ou la société internationale.
Par ailleurs, les pratiques d’observation étant différentes en fonction des pays, des institutions, ou de l’évolution des pays du Sud, l’accent est mis sur le modèle démocratique béninois, afin d’analyser l’évolution des choix des pays occidentaux à l’égard du Bénin, depuis l’organisation des premières élections pluralistes, soit à partir de 1991.
La fragilisation des missions est liée au processus qui rend vulnérable la viabilité, la pertinence ou même l’existence de ces missions dans le temps. L’UE explique la cessation de l’observation des élections au Bénin par le fait que la démocratie béninoise aurait accédé au rang de démocratie mature. Pourtant, elle continue de pratiquer l’assistance électorale, ou même l’observation dans des pays comme le Ghana, réputés meilleure démocratie électorale que le Bénin. Il se pose donc un véritable problème de cohérence dans les politiques de certaines OI. Mais alors la question pourrait aussi se poser de savoir quelle est la définition de la « démocratie » pour l’OIF par exemple, puisqu’elle continue d’observer les élections au Bénin et quelle est celle des autres comme l’UE, qui ont cessé?
La fragilité peut également provenir de la faiblesse des politiques, et de leur remise en cause constante, du fait de leur inconsistance, de la non maîtrise des terrains d’opération et donc du défaut de résultat.
Quelle que soit la stratégie de ces institutions ou des Etats occidentaux en matière d’observation des élections, des critiques existent et remettent en cause de façon constante leur survie. N’étant pas établies sur des bases fermes et évoluant en fonction des contextes et de la réceptivité des Etats, ces missions sont exposées à des facteurs de déstabilisation, de la même manière que le manque d’impartialité de certains membres des missions peut rendre manipulables leurs rapports et donc la quintessence de leur existence, de leur efficacité.
La pertinence du sujet de la fragilisation des missions internationales d’observation est double. Il s’avère indispensable de s’interroger sur le bien-fondé de ces missions d’observation dans un pays comme le Bénin, présenté depuis les années 1990 comme étant l’une des meilleures démocraties électorales du continent africain.
« La démocratie à pas de caméléon » de Richard Banégas s’est appesantie sur la question de savoir comment dans un contexte régional aussi critique, le Bénin a pu entamer son processus démocratique. De surcroît, au moment où Mitterand introduisait lors de la Conférence de la Baule la conditionnalité démocratique en vue de l’obtention par les Etats du Sud de l’aide au développement, le Bénin avait déjà initié sa Conférence des Forces Vives de la Nation , inaugurant ainsi son choix pour le système démocratique. De même, ce pays n’a pas attendu des instruments juridiques africains comme la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance (chapitre 7), avant de faire fonctionner régulièrement ses institutions et d’organiser, fréquemment ses élections. Seul le processus électoral devant renouveler les autorités locales depuis 2012 reste pour le moment un véritable échec de la classe politique béninoise, puisqu’il demeure une utopie.

« Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. »

Le 24 juillet 2012, Dans Décryptage, Ils ont dit..., Par Caludia Togbe

« Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. » (Condition de l’homme moderne (1961), Hannah Arendt) La situation de plusieurs pays africains révèle un réel malaise tant social, économique, que politique. Il est d’ordre politique au Togo, au point où […]

« Contre l’imprévisibilité, contre la chaotique incertitude de l’avenir, le remède se trouve dans la faculté de faire et de tenir des promesses. »
(Condition de l’homme moderne (1961), Hannah Arendt)

La situation de plusieurs pays africains révèle un réel malaise tant social, économique, que politique. Il est d’ordre politique au Togo, au point où l’on assiste à une irruption de forces de l’ordre dans le domicile d’hommes politiques dénonçant la mauvaise gouvernance, à quelques semaines de la tenue d’élections. Les accusations vont de la violation de lois aux persécutions d’adversaires politiques, en passant par l’utilisation arbitraire de la force militaire.

La situation politique au Mali est encore moins reluisante, puisqu’elle révèle une imbrication de crises, tant au niveau du gouvernement, qu’au niveau des militaires, pour enfin créer des ruptures entre différentes forces politiques.
Il est d’ordre social au Zimbabwe, et est si profond avec les violations de droits de l’homme et autres mesures allant à l’encontre de la société, que l’Union Européenne s’est vue dans l’obligation d’intervenir, sans pour autant que cela ne change quoique ce soit. Il est également d’ordre social dans le Sahel, avec la crise alimentaire chronique qui y sévit.

L’aspect humanitaire n’est pas non plus épargné, notamment au nord Mali, où des violations flagrantes des droits de l’homme sont constatées depuis la tenue du coup d’Etat en  mars, et le règne des islamistes radicaux dans la partie septentrionale du pays. Les coûts sont également de nature culturelle, avec la destruction de trésors historiques, tels que les mausolées et autres composantes du patrimoine culturel malien.

Les signes sont de plus en plus inquiétants, et font pièce aux mesures de prudence que d’aucuns appellent de leurs vœux, puisqu’ en définitive, ce sont les plus faibles, les populations, qui trinquent et subissent les conséquences les plus désastreuses des crises.
De surcroît, les promesses d’avant-élection des candidats, liées à l’égalité de chance et de réconciliation, à l’amélioration de la situation des étudiants, et travailleurs, à la réalisation d’une révolution verte, à la construction d’infrastructures…ont laissé place à des discours creux.

Les hommes politiques africains ont l’art de composer et de préparer à la perfection leurs prises de parole et de jouer de la même manière avec la sensibilité des peuples qu’ils sont censés représenter.  C’est pourquoi les mêmes profils d’hommes politiques avides du pouvoir et de leurs intérêts personnels ne cesseront d’être élus. La grande majorité des populations tombe toujours dans leurs pièges et leur renouvelle à tous les coups sa confiance. Leurs préférences du moment, d’après-élections, ce sont les discours de louange, et la louange de leurs propres discours.
« En cette solennelle occasion, je me félicite de la bonne qualité de la coopération multidimensionnelle unissant la Chine et l’Afrique depuis plusieurs décennies. En effet, la présence chinoise en Afrique est marquée par de nombreuses réalisations et d’importants investissements économiques, socio-administratifs et culturels. C’est le lieu de rendre un vibrant hommage à la Chine, à son peuple et à ses leaders, au nom de l’Afrique tout entière pour le beau et magnifique nouveau siège de la Commission de l’Union Africaine et le Centre de Conférence qui vient d’ailleurs d’abriter le 19ème Sommet Ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de notre organisation continentale. » Président en exercice de l’Union Africaine, à l’occasion de la 5ème  Conférence ministérielle du forum sur la coopération Afrique-chine (focac) (Pékin, Chine 18-19 Juillet 2012).
Au-delà des formules diplomatiques de courtoisie à l’égard des retombées de la coopération, il ne devrait y avoir là aucune matière à se féliciter. De quelle qualité la coopération sino-africaine peut-elle se vêtir ? La présence chinoise en Afrique est marquée par de nombreuses réalisations, mais qu’en est-il de la présence africaine en Chine ? D’autant plus que la comparaison se fait ici entre un pays et un continent. C’est assez étonnant de se rendre compte que des dirigeants se félicitent du fait que la Chine offre à tout un continent, le bâtiment qui abrite la Commission de l’organisation continentale et il est ici question d’un continent composé d’une cinquantaine de pays.
Il est primordial que les dirigeants africains aient à l’esprit que les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Et sur la Chine, il suffit de prêter oreille à l’opinion des Chinois sur les Africains, pour s’en rendre compte. La coopération sino africaine est peut-être reluisante aux yeux des dirigeants africains, mais en réalité, elle est pleine d’incertitude et d’imprévisibilité. La Chine est à la conquête du monde, et à l’étape actuelle, elle ne fait que jouer des pions, acheter la sympathie des pays africains, endormir leurs dirigeants et peuples, pour mieux les supplanter au moment opportun.

Quand les dirigeants africains réclament une place au Conseil de sécurité onusien

Le 4 juillet 2012, Dans Ils ont dit..., Par Caludia Togbe

« Les cinq membres (permanents) du Conseil de sécurité, lorsqu’ils se réunissent, à l’ouverture du NY forum Africa à Libreville, ont un ordre du jour constitué à 90 % par des questions africaines, alors que l’Afrique n’est pas présente lors de ces débats. Il faut mettre un terme à cela », a affirmé M. Boni […]

« Les cinq membres (permanents) du Conseil de sécurité, lorsqu’ils se réunissent, à l’ouverture du NY forum Africa à Libreville, ont un ordre du jour constitué à 90 % par des questions africaines, alors que l’Afrique n’est pas présente lors de ces débats. Il faut mettre un terme à cela », a affirmé M. Boni Yayi, lors de l’ouverture du NY forum Africa à Libreville. Ledit forum réunissait un millier de participants de 50 pays différents pour réfléchir au développement du continent africain.

Pourtant, l’ordre du jour, c’était bien le développement du continent africain. Il est censé se faire entre membres du Conseil de sécurité pour que l’on y réclame la place de l’Afrique?

Si les dirigeants africains n’ont toujours pas intégré le fait que le continent a intérêt à prendre en main sa destinée, alors c’est que définitivement, ils refusent, eux dirigeants, le développement du continent noir.
Que l’Afrique ou un pays africain dispose ou non d’un siège au Conseil de sécurité, là n’est pas la  question. Il ne s’agit pas non plus de « la solution miracle » qui rendrait l’Afrique développée et riche, ou moins livrée à des tensions et conflits.
D’ailleurs s’il s’avère qu’effectivement, les questions débattues par les cinq membres permanents sont à 90% celles relatives à l’Afrique, c’est que définitivement, il se pose un réel problème, et que les Africains ont du mal à résoudre leurs problèmes. Et donc comme bien des fois, en Angola, en Sierra Leone ou même plus récemment en Côte d’Ivoire, il est indispensable de faire appel aux sapeurs pompiers de la société internationale, qui par ailleurs sont lesdits membres du Conseil de sécurité de l’ONU, mais aussi le bras financier des opérations de maintien de la paix. A quoi serviraient donc des pays africains qui déjà ont du mal à payer l’infime cotisation qui leur est demandée en tant que membres des Nations Unies ?

A quoi serviraient au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies, des pays dont les institutions régionales ont du mal à fonctionner ? Ou mieux, se livrent à des contradictions et combines de tout genre ? Si une place devait être octroyée au Conseil de sécurité sur le mérite, les pays africains ne seraient pas dans la toute première sélection, à l’instar de la manière dont les écureuils participent aux compétitions mondiales.
Pourquoi cette obsession à faire montre de déterminations creuses ou de discours passionnés sonnant pourtant tellement faux pour des sujets qui ne sont pas des plus essentiels ?

Une réforme est nécessaire certes, mais les pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ne s’y sont pas retrouvés au départ, en tant que pays les plus accablés par des crises tensions et instabilités. Il s’agit de pays dont la politique suit une idéologie donnée, des pays qui tiennent au respect des peuples, à l’intérêt national, au suivi des décisions prises, à l’égalité dans le traitement des citoyens et non à la promotion de la médiocrité, et au respect des promesses. Ces pays ne passent pas le clair de leur temps à émettre des discours contemplatifs à l’égard de leurs propres « mérites » ou « succès ». Rarement ils se livreront à la louange de leurs discours, ou à des discours de louange du chef de l’Etat. Il s’agit enfin de pays qui n’ont pas fait l’option du désordre comme choix politique.

Les décisions des puissances montrent d’ailleurs clairement que si l’Afrique se situent dans leur agenda, c’est en terme d’intérêt économique. Au point que l’on a assisté à l’incitation à la violence, ou à l’inertie de ces Etats, pendant que des crimes sont perpétrés dans des pays africains. La résolution du système de conflit en Afrique de l’ouest avec au départ comme pays en crise le Liberia et la Sierra Leone n’a-t-elle pas été mise en échec par la lenteur de l’organisation universelle et la pro activité de la CEDEAO en dépit de la faiblesse de ses moyens ?

Le vrai travail au final se situe au sein des institutions régionales de l’Afrique, et de l’organisation continentale. Une fois qu’elles auront constitué de véritables pôles de pouvoir économiques et politiques, le jeu se fera de lui-même.

Leçons d’une démocratie électorale

Le 12 mai 2012, Dans Bulletins électoraux, Par Caludia Togbe

La France est une vielle démocratie, et en raison de cet état de fait, il peut s’avérer répétitif, et même inutile d’évoquer les exemples que porte le processus électoral français. Pourtant, il s’avère crucial de revenir sur un certain nombre de points, compte tenu de la situation politique qui continue de prévaloir dans les pays […]

La France est une vielle démocratie, et en raison de cet état de fait, il peut s’avérer répétitif, et même inutile d’évoquer les exemples que porte le processus électoral français. Pourtant, il s’avère crucial de revenir sur un certain nombre de points, compte tenu de la situation politique qui continue de prévaloir dans les pays africains, avec un contexte de culture démocratique quasiment inexistant sinon illusoire pour certains.
L’exemple de démocratie électorale ne demeure certes pas inexistant en Afrique. Un demi-siècle après l’indépendance du pays, les dirigeants sénégalais ont bien réussi en 2012, à faire montre d’une grande maturité démocratique, en dépit de la crise patente dans laquelle s’était déroulé le processus électoral pour la présidentielle.
Contrairement au cas sénégalais et à d’autre en Afrique, il n’est nullement question d’environnement électoral sur fond de crise politique, ni de tension éventuelle pour la présidentielle française. D’ailleurs, le système est si évolué que les résultats provisoires étaient connu le même jour que celui du deuxième tour du scrutin présidentiel. L’exemple de la France, ancienne métropole pour plusieurs Etats africains force l’admiration.

Reconnaissance de défaite

Sur le continent européen et sur celui africain, les réalités démocratiques s’opposent presque systématiquement. Nul n’est besoin de rappeler qu’en Europe, il existe encore des démocraties dont la mise en œuvre, pour ce qui concerne l’alternance est entamée. D’ailleurs, le terme « victoire à la russe » de plus en plus usité en dit assez long.
Par contre, pour ce qui est de la France, un élément frappant interpelle : les médias et le climat de transparence dans lequel se déroulent les élections arrogent quelque peu au Conseil constitutionnel son rôle de proclamation des résultats électoraux. Non pas que ce rôle lui soit enlevé, mais plutôt que son rôle constitutionnellement acquis se trouve être camouflé par la communication et l’implication des citoyens eux-mêmes dans le jeu politique. A peine les grandes tendances se font connaître que déjà, le candidat sanctionné par le vote des électeurs effectue la démarche de reconnaissance de victoire de son adversaire.

C’est ce qui a manqué à Kumba Yala et ses partisans arrivés en 2ème tour lors du 1er tour de l’élection présidentielle  de la Guinée Bissau, en avril 2012.

Et mieux, en France, le Conseil constitutionnel n’a pas encore proclamé les résultats définitifs que deux jours après l’élection, la cérémonie du 8 mai devant la tombe du soldat inconnu implique déjà la participation commune des deux présidents, l’un sortant, l’autre nouveau, ceci, à une semaine de la passation du pouvoir.

Une autre leçon de démocratie, un 3ème tour à ne pas manquer

La défaite ne signifie pas pour autant la disparition de la scène politique, la déchéance, la perdition. En cela, la plupart des pays africains méconnaissent les jeux qui dictent ces principes, et davantage encore, le rôle fondamental des partis politiques. Bien qu’ayant perdu au 2nd tour du jeu électoral, avec un écart quasi minime, Nicolas Sarkozy a d’hors et déjà lancé la campagne pour le 3ème tour, à savoir les prochaines législatives. Quand bien même un parti politique ne gagne pas l’enjeu de la gouvernance du pays, il a la lourde mission de se faire présent dans la participation aux prises de décisions nationales, au sein d’instances telles que l’assemblée nationale, la Cour ou le Conseil constitutionnel, les instances de régulation des médias, etc. Ne pas le faire en effet, en pratiquant le politique de la chaise vide, c’est s’exposer à une gouvernance d’un parti unique ou dans une moindre mesure d’un parti dominant, en supposant que des partis satellitaires à celui principal existent et fonctionnent.
C’est donc dans cette optique que le jeu politique doit se faire par des leaders, suivant des idées, une ligne directrice, et  des valeurs clés. En Afrique, il semble que le jeu politique soit encore fondé sur le principe du « fils du terroir ». Non pas que ce soit une mauvaise chose en soi, mais là où cela devient condamnable, c’est que la gouvernance soit basée par la suite sur ce projet ethnique, et que les recrutements ne se fassent pas sur le mérite, mais sur le nom de famille, ou la familiarité entre le chef et le potentiel candidat à un poste. Evidemment, dans certaines circonstances, cela peut entraîner une crise si importante qu’elle découle en guerre civile, ou en partition du pays. Ailleurs, les frustrations s’accumulent, les chômeurs également, et l’insécurité se fait grandissante.

« One man, one vote »

Sur le continent africain, les dirigeants ont plus d’intérêt à contester les résultats d’un scrutin, plutôt qu’à reconnaître leur défaite. En conséquence, et ceci vaut plus pour les pays en situation de crise ou qui sortent d’une guerre, quand bien même l’une des parties n’a pas reçu l’onction de légitimité du peuple par la voix des urnes, le schéma classique de plus en plus soutenu par la société internationale, c’est bien la formation d’un gouvernement d’union nationale, ou alors le pays devient ingouvernable.
Pourtant, on l’a vu, du cas sénégalais où l’écart entre le nombre de voix obtenues par les deux adversaires était assez important, au cas français où ils étaient à peine distancés, il faut remarquer qu’en l’absence d’irrégularités majeures et de fraudes flagrantes menaçant l’expression authentique des électeurs, le plus important, c’est que le résultat des urnes soit respecté. L’exemple français en mai 2012 est d’autant plus frappant qu’en dépit de l’écart résiduel entre les voix des deux candidats, représentants des deux principaux partis du pays, les résultats n’ont pas suffi à créer entre les Français une scission si grande qu’elle entraîne des violences électorales.
De surcroît, des problèmes réels existent, liés aussi bien à la religion, à l’économie, à la finance, qu’au logement ou au chômage de plus en plus inquiétant. Et c’est simplement sur ces besoins et nécessités que tablent les Français, pas sur une supposition illusoire et erronée selon laquelle en cas d’accession au pouvoir d’un tel dirigeant, ce sera alors le cataclysme et que par conséquent, il faut mettre en branle n’importe quel stratagème pour l’en empêcher.
Le gouvernement qui ne parvient pas à leur garantir la résolution de ces préoccupations, les Français, au travers des urnes, décident de ne pas lui renouveler un mandat. La politique, ce n’est pas les mathématiques certes, mais le jeu électoral marqué par l’onction populaire lui, est bien un calcul fort simple. Encore faut-il que ceux qui détiennent ce pouvoir d’onction soient informés sur le jeu électoral, et l’enjeu qu’il représente. Autrement, le calcul est faussé d’avance, et peut l’être davantage avec ceux que ça arrange, ceux qui font du désordre, un choix politique.
C’est cette conscience électorale qui devrait en définitive interpeller les Africains, beaucoup plus que la personnalité de François Hollande, en tant que chef de file du parti socialiste, et nouveau président français. En conséquence, les questions liées à la françafrique, à l’aide au développement, à la francophonie économique, ou encore à des relations beaucoup plus amicales et respectueuses entre la France de Hollande et l’Afrique ne devraient pas mobiliser pour autant les ardeurs africaines.
Faudrait-il le rappeler, les pays occidentaux n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. L’Afrique devrait sur ce fait déterminer les siens, quitte à les modeler en fonction des dirigeants occidentaux, puisque c’est bien ce qui se fait hors du continent africain.

Consultation populaire en Syrie et au Sénégal

Le 15 mars 2012, Dans Bulletins électoraux, Par Caludia Togbe

La date du  26 février  a été un moment historique de plus inscrit dans les événements récents du Moyen-Orient pour la Syrie, et de l’Afrique pour le Sénégal. Dans les deux cas, l’acteur majeur était le peuple de ces pays, appelé à intervenir dans le système politique, en donnant son avis sur une question cruciale […]

La date du  26 février  a été un moment historique de plus inscrit dans les événements récents du Moyen-Orient pour la Syrie, et de l’Afrique pour le Sénégal. Dans les deux cas, l’acteur majeur était le peuple de ces pays, appelé à intervenir dans le système politique, en donnant son avis sur une question cruciale du moment.

Dans le cas du Sénégal, l’élément référent sur lequel les citoyens devaient se prononcer était relatif à l’alternance politique, ou à la reconduction du président Wade, de plus en plus décrié par l’opposition. Le schéma qui se présente avant le deuxième tour de l’élection, alors qu’aucun des deux candidats n’a pu recueillir la majorité qualifiée des voix est quelque peu complexe.

Le prochain jeu électoral sénégalais se jouera sur deux fronts. La première option qui se dessine, c’est que Wade gagne l’élection contre toute attente, ce qui suscitera sans aucun doute de nouvelles protestations. En la matière, la certitude est que tous les membres de l’opposition feront montre d’une solidarité sans faille pour exprimer leur mécontentement. Le système politique, loin du modèle démocratique, ressemblera peu ou prou à terme à une « République du camp présidentiel ». Mais pour que ce schéma soit réaliste, il faudrait encore que plusieurs ténors de l’opposition soutiennent le président sortant, et lui garantissent leur voix pour le second tour de la présidentielle, ainsi que celui de leur électorat.
Or, il semble que ce soit plutôt l’adversaire principal de Wade qui ait jusqu’à présent, les faveurs des ténors de l’opposition, du moins, pour ceux qui se sont prononcés. Deuxième schéma donc, Macky Sall réussi à forger les forces de l’opposition en sa faveur.

Le mot d’ordre reste évidemment « tout sauf Wade ». La victoire lui sera conditionnée par trois facteurs. Déjà, la jeunesse du candidat lui vaut le soutien de la couche juvénile, qui avait largement favorisé l’élection de Wade en 2000. Ce dernier avait en effet basé sa stratégie sur l’électorat des jeunes, auparavant quasiment absent des scrutins d’avant l’an 2000. 65% des électeurs âgés de 18 à 30 ans avaient alors voté en 2000 pour l’actuel président sortant.
Néanmoins, une décennie  plus tard, ce même électorat, insatisfait du contexte socioéconomique et politique du pays est à l’avant-garde des manifestations contre le pouvoir. Les revendications sont liées au chômage, à la vie chère, au népotisme, à la défiance à l’égard des institutions de la République.
Deuxième facteur, son opposition radicale à l’encontre de Karim Wade, quant à la gestion alambiquée de certains dossiers et le manque de reddition de compte au peuple, mais également son parcours remarquable constituent des atouts indéniables en sa faveur.
Il faut quand même rappeler qu’en juin 2007, alors qu’il était le seul candidat en lice, il avait été élu président de l’Assemblée nationale, par 143 voix sur 146. C’est un élément qui dénote de la confiance qu’il a gagné au niveau de cette instance majeure. En dépit des dissensions dans le camp des opposants, il y a fort à croire qu’il a d’énormes chances d’emporter le second tour de l’élection présidentielle. Même si en définitive une fois élu, le partage du pouvoir entre toutes ces forces en éveil risque d’être pour Macky Sall, une gageure.
Parce qu’en effet, et donc troisième facteur, si Macky Sall parvient à convaincre la majorité de l’électorat dakarois relativement jeune, qui était sur les fronts du mouvement « Y en a marre », il pourrait être le prochain président du Sénégal. La géopolitique de la capitale fait  en effet de Dakar un « faiseur de roi ». En 2000, la défaite d’Abdou Diouf dans l’expression du scrutin des  Dakarois lui avait fait perdre l’élection présidentielle. Mieux, en 2009, la perte de Dakar par le parti au pouvoir avec les résultats des élections régionales et municipales, avait entraîné un mouvement de suivi de plusieurs autres centres urbains.
Dakar représente certes à peine 0,03% de la superficie totale du pays, mais la ville abrite également plus de 22% de la population totale du pays, et représente la plus grande agglomération régionale. En raison donc de sa démographie et de son poids interne, (80% des services du pays et 75% des industries), la capitale est un véritable centre stratégique décisionnel, et semble être acquise à Macky Sall.
Mais la grande inconnue de tout ceci, c’est les 42% d’abstention au cours du premier scrutin. Le vote majoritaire de ce nombre considérable de Sénégalais en faveur de l’un ou de l’autre déterminera les résultats de l’élection.
Assad, la farce d’un référendum ?

En Syrie, la date du 26 février a consisté en un référendum sur la nouvelle Constitution que proposait le gouvernement Assad. Compte tenu du contexte actuel, cette forme de participation populaire à la chose publique était porteuse pour certains, d’espoir de rétablissement de la stabilité et d’ouverture du régime. Cette consultation du peuple, quelques soient les conditions d’organisation, aurait débouché sur toute une autre dynamique, si elle était intervenue aux lendemains du début de la contestation, en février 2011.
Elle aurait alors eu deux mérites : faire gagner du temps au gouvernement, et limiter aussi bien les débarquements d’instruments militaires que la détérioration de l’image du gouvernement syrien. Deuxième mérite, elle aurait réussi à calmer le peuple, mais aussi toute velléité de rébellion, à moyen ou à long terme, soutenue par des « pays tiers, ennemis » de l’Etat.
Mais en lieux et place, les contestations sont allées crescendo, désormais les rapports entre le peuple et le gouvernement, quelques soient les évolutions possibles, seront de l’ordre d’un décalage d’ascenseur. Parce que en réalité, ce n’est pas pour autant le chômage, la vie chère ou encore la misère qui ont répandu sur la Syrie ce vent de révolte. Avant les contestations, le taux de chômage en 2010 se situait autour de 8,4% de la population active soit un peu plus bas que la moyenne en France, ce qui est resté presque constant pour l’année 2011, et le taux de croissance était encore de l’ordre des 3,2% en 2011 et 6% en 2010, sans occulter les énormes potentialités de production pétrolières et de gaz, dont regorge le pays.
C’est plutôt l’absence de renouveau dans les institutions et la fermeture excessive du régime qui en sont en grande partie à la base, en dehors de l’effet contagion de la révolution arabe.
Et si le président Assad est toujours au pouvoir, en dépit des crimes contre l’humanité qui pèsent sur lui suite à la répression, c’est bien en grande partie en raison du soutien indéfectible de son partenaire russe. Au point que quand bien même le référendum a été organisé sous le contrôle et les tirs incessants de l’armée, le référendum a été pour la Russie « un pas considérable vers la démocratisation », étant donné que la carte majeure de ce référendum, c’est qu’il propose aux citoyens, la fin du monopole du parti Baas, le parti du président Assad, au pouvoir depuis près d’un demi-siècle.
Même si les deux ténors du Conseil de Sécurité qui font pièce à l’édiction d’une résolution de l’organe ont pour argument principal les conditions dans lesquelles s’étaient déroulées les mesures qui ont fait suite à la résolution contre le guide libyen,  la réalité est toute autre. Elle est d’ordre stratégique, économique, et liée à la volonté de la Russie surtout, de marquer sa présence sur la scène internationale. Vladimir Poutine ne courbera certainement pas de si tôt l’échine, déjà pour s’assurer la victoire à la présidentielle dans les meilleures conditions, et ensuite parce qu’elle est en quête d’influence.
Caludia Y. Togbé
Diplômée du cycle II ENAM, Diplomatie et relations internationales, Auditeur en DESS Management des élections Chaire UNESCO.