« Les non-dits ne signifient pas l’ignorance » Danielle Mitterand

Le 23 novembre 2011, Dans Ils ont dit..., Par Caludia Togbe

Ce billet en hommage à cette femme française de valeur représente beaucoup plus un cri du cœur, plutôt qu’une analyse en bonne et due forme. Des valeurs Plus qu’une visionnaire, elle savait comment se faisait la redistribution des cartes géopolitiques sur les continents, et savait aussi ce qu’il fallait en attendre des années plus tard. […]

Ce billet en hommage à cette femme française de valeur représente beaucoup plus un cri du cœur, plutôt qu’une analyse en bonne et due forme.

Des valeurs

Plus qu’une visionnaire, elle savait comment se faisait la redistribution des cartes géopolitiques sur les continents, et savait aussi ce qu’il fallait en attendre des années plus tard. Et contrairement aux joueurs privilégiés, elle se battait pour la juste cause, ou plutôt pour « des combats qu’elle pensait justes », s’il faut se référer à l’hommage du président Nicolas Sarkozy à l’annonce de sa disparition.

Contrairement à nombre d’analystes ou constitutionnalistes occidentaux et français en particulier, qui « pensent » le passé, l’état et l’avenir du continent africain, Danielle Mitterand avait côtoyé les conditions de vie des africains. Elle avait vu ce que c’était en réalité, elle s’en était rendue compte dans le sens le plus impartial du terme. Elle a également assisté à la création de plusieurs dictatures parfois soutenues par des puissances occidentales.

C’est peut-être bien ce qui la différencie des autres fondations ou ONG humanitaires qui interviennent en Afrique ou ailleurs. Sa Fondation France Libertés est l’élément matériel de sa prise de position bien de fois contraire à l’ensemble de la classe politique passée et actuelle française.

Un militantisme hors pair

Elle n’est certes pas la seule à avoir mené des actions en vue de soutenir certaines causes en Afrique ou dans d’autres pays du tiers-monde, puisque c’est ainsi qu’on les appelle. Mais la différence, c’est qu’elle a été l’épouse d’un dirigeant français et mieux, elle n’avait jamais hésité, même au cours du mandat de son époux, à faire part vertement de son opinion, quand bien même cela devait causer des dégâts au sein de la diplomatie française.

Chacune de ses luttes était orientée vers la préservation du droit des peuples, et des générations futures. Et ces combats qui prennent également leur source dans les activités de sa Fondation, c’est-à-dire qui existaient depuis 1986, sinon bien avant, se retrouvent dans les débats actuels.

L’accès à l’eau potable

Pour ce faire, elle n’a jamais manqué de soutenir les actions des populations du sud quand à l’accès à cette ressource, élément vital humain. En Afrique, c’est considérer aussi bien les milliers de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable. C’est aussi considérer ceux qui y ont accès, mais dont la qualité a été entamée soit localement, soit par le fait de multinationales occidentales qui n’ont que faire de l’éthique dans leur fonctionnement.

Prenant le seul cas du Nigeria dans l’Etat de Zamfara au nord-ouest du pays, les difficiles conditions de vie des populations ont mené certains à se faire miniers dans des sites d’exploitation de l’or. Là encore, les conditions d’exploitation mènent à un constat pour le moins désolant. Le saturnisme provoqué a fini par contaminer entre autres les cours d’eau qui s’y trouvent.

Ailleurs, dans l’Etat le plus producteur de pétrole au Nigeria, ce sont les mauvaises conditions d’exploitation des ressources pétrolières par les multinationales qui auront détruit certains cours d’eau, mais également des mangroves, dans le sud du pays. Des séquelles qui perdureront pendant des dizaines d’années, dont écoperont sans doute les prochaines générations. Les africains pourraient-ils se prévaloir de tels « crimes » dans un seul pays occidental ? Pourtant vous dites bien que l’accès à l’eau pour tous est un droit inaliénable de l’homme.

Le respect des droits de l’homme et des peuples opprimés contre ces biopirates

Ceci incluant entre autres les risques d’augmentation de conflits socio-environnementaux. Une situation qui risque de faire basculer à nouveau le continent africain dans d’interminables conflits qui seront de plus en plus difficiles à décrypter. Ou alors il s’agira de plusieurs éléments qui entreront en ligne de compte et s’imbriqueront dans un même conflit, rendant les voies de résolution davantage tortueuses.

La Fondation de Danielle Mitterand se focalise donc sur le droit des peuples autochtones à disposer de leurs richesses naturelles, biologiques et culturelles. Ceci appelle l’engouement actuel de nombreux occidentaux privés ou même de citoyens chinois, sur l’accès à des terres arables sur le continent africain. Pour ce qui s’est fait jusqu’ici, un accès qui peut se faire avec ou sans l’approbation des propriétaires terriens ou si l’on veut des paysans. Une fois évacués de leur unique ressource, dédommagés ou non, à quoi veut-on qu’ils s’occupent ?

D’aucuns diront plus tard que c’est le désœuvrement et la pauvreté qui font des africains des acteurs permanents de crises et de conflits. Les origines profondes de ces tensions ne sont plus prises en compte. C’est Madame Mitterand Danielle qui aura encore une fois raison. Les Africains ont leur part de responsabilité. Mais ces biopirates n’en sont pas moins responsables. Qu’importe ! Même si un jour une série de procès venait à être ouverte, on ne s’en étonnera plus. Ce sera classé sans suite.

Quant à la notion de richesse…

Une fois encore on lui donnera raison, au vu des crises financières, économiques, alimentaires et autres auxquels sont confrontés les Etats. Et les Etats africains n’ont pas fini de baver. Les poisons qui se retrouvent parmi eux n’ont pas fini de faire montre de leurs capacités.

Régulation financière pour les uns, misère pour les autres

Le 11 novembre 2011, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

Une fois encore, l’agora de Cannes affiche clairement ses objectifs  ou plutôt ses intérêts. Régulation et plan de sauvetage sont les discussions les plus importantes du moment. Réduire la faim dans le monde, ça peut se discuter à tout moment. Benoit Miribel, Président d’Action contre la Faim, présent à Cannes a beau le dire, “Pourtant, […]

Une fois encore, l’agora de Cannes affiche clairement ses objectifs  ou plutôt ses intérêts. Régulation et plan de sauvetage sont les discussions les plus importantes du moment. Réduire la faim dans le monde, ça peut se discuter à tout moment.

Benoit Miribel, Président d’Action contre la Faim, présent à Cannes a beau le dire, “Pourtant, près d’1 milliard de personnes ont faim aujourd’hui… Et le G20 a la capacité comme le devoir de faire reculer ce fléau…”, il faut croire que les Etats non pas d’amis, …ni de compassion, ils n’ont que des intérêts.

Tout de même, les pays du G20 martèlent la nécessaire implication du secteur privé dans l’agriculture et la sécurité alimentaire mondiale en soutenant toute une diversité de projets. Certains analystes se posent la question de savoir comment s’assurer que ces projets financés par le privé auront comme objectif de garantir l’accès à la nourriture en qualité et en quantité suffisante pour les plus vulnérables ?

Le Rapport publié en 2010 du Think Thank américain The Oakland Institute avait par anticipation répondu à ce questionnement, sinon averti sur les dérives de mesures axées sur une telle option. Le Rapport accusait déjà la Banque mondiale de favoriser le phénomène de la cession abusive de terres cultivables en Afrique au privé. Ceci par exemple, à travers sa filiale qui s’occupe du secteur privé SFI, avec ses programmes « Access to land » et « Land market for investment » respectivement « Accès à la terre » et « marché foncier pour l’investissement ».

Au cours du dernier trimestre de l’année 2011, certains habitants du village de Fanayé au Sénégal n’auront pas la patience de mener une révolte à l’image de celle du printemps arabe. La question est plus urgente et vitale pour eux. La cession de plusieurs dizaines d’hectares de terres cultivables à des investisseurs privés italiens, sans leur accord, les mettant à la rue, et sans capacité de subsistance les mènera à une lutte directe contre les promoteurs de ce projet. Peu de temps après, une décision du gouvernement sera prise en leur faveur.

Plus globalement sur tout le continent, près de 50 millions de terres cultivables dans les pays en développement sont aux mains d’investisseurs privés. La lutte contre la faim est censée se faire comment ? Le scénario adéquat serait-il celui selon lequel les pays africains cèdent leurs terres, ou acceptent l’aide coopérative d’investisseurs privés plus portés vers « des terres pour les énergies renouvelables», pour qu’en retour, quand il n’y aura plus l’espace de terres cultivables suffisant pour nourrir la faim en Afrique, les puissances du G20, une fois réglée la question financière de l’Europe, se consacrent à larguer sur le continent noir des tonnes de mais…en principe prévues pour du bétail ?

1 milliard de personne dans le monde souffrent de la faim. Dans le même temps, l’on estime importante l’implication du secteur privé dans l’agriculture et la sécurité alimentaire. Mais c’est faire fi du fait que plus que les Etats, les entreprises privées ont pour but irrémédiablement permanent, l’atteinte de chiffres d’affaires les plus exorbitants possibles. Sauf bien sûr lorsque l’on se nomme

Bill Gates ou que l’on est un Etat respectable comme le Ghana et que l’on conditionne l’exemption fiscale à des entreprises en échange de projets sociaux obligatoires. Ce qui ne coure évidemment pas les rues du monde.

Comme souvent, le constat est fait et partagé, aussi bien par les acteurs actifs que ceux passifs, mais les décisions ne suivent pas.