SATURNISME ET PAUVRETE AU NIGERIA

Le 31 octobre 2011, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

En juin 2010, Médecins Sans Frontières traitait des enfants nigérians pour des cas très sévères d’intoxication au plomb, à un degré inédit. Un traitement des habitants, sans dépollution des zones infectées aurait été pour le moins vain. Les opérations de dépollution entamées ont finalement été abandonnées. Faute de financement. Une année après, le même schéma […]

En juin 2010, Médecins Sans Frontières traitait des enfants nigérians pour des cas très sévères d’intoxication au plomb, à un degré inédit. Un traitement des habitants, sans dépollution des zones infectées aurait été pour le moins vain. Les opérations de dépollution entamées ont finalement été abandonnées. Faute de financement. Une année après, le même schéma se reproduit.

En 2010, plus de 400 enfants avaient perdu la vie, après une intoxication sévère au plomb, encore appelée saturnisme, dans l’Etat de Zamfara au nord-ouest du Nigeria. Le cas du village de Bagega était le plus critique. Tous, âgés de moins de cinq ans. Un chiffre en deçà de la réalité. Une année après, dans la même région, 2000 enfants sont à nouveau contaminés. Une intoxication causée par l’exploitation non contrôlée d’une mine d’or dans laquelle des habitants procèdent par extraction artisanale. Exploiter l’or de cette manière implique de découper et de piler le minerai. Conscients ou non des dangers qui en découlent, ils ont l’habitude de le faire au moyen d’ustensiles de cuisine ou de matériel servant en même temps à moudre le grain utilisé dans l’alimentation. Le minerai qui contient du plomb s’est de fait retrouvé dans la chaîne alimentaire du village, entraînant la contamination du sol, des habitations, de l’eau. En 2010, la situation était si critique qu’une équipe de Médecins Sans Frontières avait été sollicitée. Une équipe d’experts, qui a estimé qu’il s’agissait de la pire intoxication au plomb connue. Chez un enfant, une concentration de 100 microgrammes par litre de sang peut provoquer des lésions du cerveau. Les cas décelés sur les enfants de cette région du Nigeria faisaient état de 500 à 700 microgrammes par litre de sang. Si les deux dernières années ont été marquées par une recrudescence de manifestations populaires dans le monde, augurant de l’ampleur des revendications, économiques et autres, aucune protestation n’est en vue à Zamfara pour réclamer un renouveau dans les institutions, une amélioration des conditions de vie ou des transformations globales, ne seraient-ce que lentes. Les habitants de ce village craignent que la recherche d’or artisanale soit interdite suite à cette catastrophe. Ils préfèrent donc taire les décès de leurs enfants, les plus vulnérables et leur propre contamination. Nombre d’entre eux sont pauvres et cette activité leur permettrait d’avoir des revenus plus importants que ceux que leur rapporte l’agriculture. Des pouvoirs politiques qui se font absents dans l’organisation de la société laissent libre cours à différents types d’alternatives. Le développement d’organisations à relents terroristes comme au Nigeria ou dans la corne de l’Afrique, ou la révolution mettant en œuvre une contestation politique non violente. L’inexorable évolution de la société arabe par exemple n’est nullement à l’actif de partis politiques, ou de revendications abouties de groupes terroristes, mais plutôt des mouvements de masse. Et pourtant, les dirigeants de ces pays n’étaient pas des plus flexibles au monde. Si cette gouvernabilité de la société civile semble marcher dans le monde arabe, ou aura fonctionné tout au moins dans sa première étape, c’est en partie grâce au niveau d’alphabétisation avancé, puis au taux d’urbanisation élevé, leur donnant accès à des réseaux sociaux. Ces canaux ont alors favorisé les mobilisations et la circulation de l’information, mais bien avant cela, a permis à la génération des contestataires de prendre conscience des réalités dans d’autres pays, puis des rôles que doivent jouer les politiques dans leur accès au minimum vital. Les donnes sont différentes avec des sociétés livrées à elles-mêmes, en butte à la pauvreté.

 

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