Régulation financière pour les uns, misère pour les autres

Le 11 novembre 2011, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

Une fois encore, l’agora de Cannes affiche clairement ses objectifs  ou plutôt ses intérêts. Régulation et plan de sauvetage sont les discussions les plus importantes du moment. Réduire la faim dans le monde, ça peut se discuter à tout moment. Benoit Miribel, Président d’Action contre la Faim, présent à Cannes a beau le dire, “Pourtant, […]

Une fois encore, l’agora de Cannes affiche clairement ses objectifs  ou plutôt ses intérêts. Régulation et plan de sauvetage sont les discussions les plus importantes du moment. Réduire la faim dans le monde, ça peut se discuter à tout moment.

Benoit Miribel, Président d’Action contre la Faim, présent à Cannes a beau le dire, “Pourtant, près d’1 milliard de personnes ont faim aujourd’hui… Et le G20 a la capacité comme le devoir de faire reculer ce fléau…”, il faut croire que les Etats non pas d’amis, …ni de compassion, ils n’ont que des intérêts.

Tout de même, les pays du G20 martèlent la nécessaire implication du secteur privé dans l’agriculture et la sécurité alimentaire mondiale en soutenant toute une diversité de projets. Certains analystes se posent la question de savoir comment s’assurer que ces projets financés par le privé auront comme objectif de garantir l’accès à la nourriture en qualité et en quantité suffisante pour les plus vulnérables ?

Le Rapport publié en 2010 du Think Thank américain The Oakland Institute avait par anticipation répondu à ce questionnement, sinon averti sur les dérives de mesures axées sur une telle option. Le Rapport accusait déjà la Banque mondiale de favoriser le phénomène de la cession abusive de terres cultivables en Afrique au privé. Ceci par exemple, à travers sa filiale qui s’occupe du secteur privé SFI, avec ses programmes « Access to land » et « Land market for investment » respectivement « Accès à la terre » et « marché foncier pour l’investissement ».

Au cours du dernier trimestre de l’année 2011, certains habitants du village de Fanayé au Sénégal n’auront pas la patience de mener une révolte à l’image de celle du printemps arabe. La question est plus urgente et vitale pour eux. La cession de plusieurs dizaines d’hectares de terres cultivables à des investisseurs privés italiens, sans leur accord, les mettant à la rue, et sans capacité de subsistance les mènera à une lutte directe contre les promoteurs de ce projet. Peu de temps après, une décision du gouvernement sera prise en leur faveur.

Plus globalement sur tout le continent, près de 50 millions de terres cultivables dans les pays en développement sont aux mains d’investisseurs privés. La lutte contre la faim est censée se faire comment ? Le scénario adéquat serait-il celui selon lequel les pays africains cèdent leurs terres, ou acceptent l’aide coopérative d’investisseurs privés plus portés vers « des terres pour les énergies renouvelables», pour qu’en retour, quand il n’y aura plus l’espace de terres cultivables suffisant pour nourrir la faim en Afrique, les puissances du G20, une fois réglée la question financière de l’Europe, se consacrent à larguer sur le continent noir des tonnes de mais…en principe prévues pour du bétail ?

1 milliard de personne dans le monde souffrent de la faim. Dans le même temps, l’on estime importante l’implication du secteur privé dans l’agriculture et la sécurité alimentaire. Mais c’est faire fi du fait que plus que les Etats, les entreprises privées ont pour but irrémédiablement permanent, l’atteinte de chiffres d’affaires les plus exorbitants possibles. Sauf bien sûr lorsque l’on se nomme

Bill Gates ou que l’on est un Etat respectable comme le Ghana et que l’on conditionne l’exemption fiscale à des entreprises en échange de projets sociaux obligatoires. Ce qui ne coure évidemment pas les rues du monde.

Comme souvent, le constat est fait et partagé, aussi bien par les acteurs actifs que ceux passifs, mais les décisions ne suivent pas.

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