Pourquoi la lutte des touaregs contre Aqmi n’apaise pas pour autant les velléités de tensions dans la région

Le 4 novembre 2011, Dans Terrorisme, Par Caludia Togbe

Voilà qui force à redistribuer les cartes des idées reçues sur le terrorisme dans le septentrion du continent africain. Des touaregs qui lancent un ultimatum à Aqmi, ce qui conforte l’opinion selon laquelle des hommes (africains) armés en Afrique ne sont pas pour autant synonymes de déstabilisateurs. D’aucuns avaient laissé croire que le retour des […]

Voilà qui force à redistribuer les cartes des idées reçues sur le terrorisme dans le septentrion du continent africain. Des touaregs qui lancent un ultimatum à Aqmi, ce qui conforte l’opinion selon laquelle des hommes (africains) armés en Afrique ne sont pas pour autant synonymes de déstabilisateurs.

D’aucuns avaient laissé croire que le retour des touaregs, anciens combattants du guide libyen pouvait être préjudiciable pour la stabilité de la région. Les circonstances leur donnaient d’ailleurs en partie raison, vu les conditions dans lesquelles ces derniers s’étaient retrouvé sur le territoire malien. Le feu était aux poudres en Libye. L’espace au nord du Mali était en proie à des actes de banditisme, de non-droit et de menaces de rébellions, provenant entre autres du Mouvement Touareg du Nord Mali puis du peuple de l’Azawad. Le peuple azawadien, une autre source de tension latente dans le sahel en proie déjà à la nébuleuse Aqmi. Encore une crise, qui serait une fois de plus, partie d’un besoin de justice réclamé par des minorités tenues à l’écart de la gestion du pouvoir.

La lutte pour la sauvegarde de leur espace vital ne se sera pas effectuée seulement à l’encontre du gouvernement malien, mais également contre Aqmi. Face à la politique de terreur menée par le groupe terroriste dans les régions de Kidal, Gao et Tombouctou, les touaregs du nord Mali prennent leurs responsabilités pour sauvegarder leur sécurité. La décision d’une lutte déclarée contre le plus grand groupe terroriste de la région du nord de l’Afrique prouve la détermination de ce peuple.

Visiblement, l’ultimatum lancé contre Aqmi aurait porté ses fruits. Ces islamistes auraient quitté une de leurs bases dans l’Adrar Tigharghar, massif montagneux désertique, à proximité de la frontière algérienne. Ils ont également réussi à mettre la main sur des trafiquants de drogue alliés du groupe terroriste. Les touaregs au nord du Mali de retour de la Libye sont armés, nul n’est plus besoin de le nier. Mais au lieu d’utiliser leur arsenal contre un gouvernement qu’ils condamnent de gestion partiale du pouvoir, ils l’utilisent contre des trafiquants de drogue. Puis contre Aqmi. Et avec succès. D’une certaine manière, leur politique porte des points communs avec celle du gouvernement de Bamako, question sécuritaire.

La stratégie des touaregs quant à leur sécurité et aux actes terroristes laisse croire que  le peuple est à la recherche de deux éléments fondamentaux dans sa revendication pour une indépendance. La quête d’un espace vital, puis une participation à part entière, à l’organisation de la vie politique. Besoins sur lesquels le gouvernement malien n’est pas forcément disposé à céder, depuis fort longtemps. Le Niger a pris le pari de s’y risquer en intégrant dans son sérail politique des touaregs autrefois partisans d’une rébellion déstabilisatrice du pouvoir central. Ce qui a d’ailleurs favorisé un apaisement des tensions dans ce pays. Le Mali hésite encore. Et pourtant ça pourrait s’avérer être la meilleure stratégie.

En revanche, si la zone finissait encore par être évacuée par les partisans d’Aqmi, il demeure des questionnements. Sur le statut des touaregs sur le territoire malien. En octobre dernier, le Mouvement National de l’Azawad (M.N.A) avait lancé « un dernier » appel solennel au gouvernement du Mali, pour répondre aux appels précédents l’interpellant sur des négociations sérieuses et pacifiques de l’autodétermination de l’Azawad. Entre les lignes de leurs revendications, on lit plutôt une requête majeure : la volonté de se faire entendre et de pouvoir participer à la vie politique du pays dans lequel ils se retrouvent. Et à défaut, un désir d’autodétermination. Que comprendre de plus ? Puisqu’il est question de garanties sécuritaires, de protection de leur espace contre une politique de Bamako d’occupation d’un espace vide, celui du nord, mais par les citoyens du sud. Une indélicatesse dont la mise en œuvre dans les circonstances actuelles entraînerait des conséquences qui pourraient exacerber les crises actuelles sur le territoire malien et en dehors. Mais autre chose que revendique le mouvement azawadien, l’accès aux ressources en provenance des organisations internationales, destinés au développement.

Les touaregs ont donc beau mener une lutte contre Aqmi et contre les trafics de drogue, dans l’autre sens, une mauvaise gestion des revendications de ce peuple par le gouvernement central pourrait être à l’origine de l’explosion d’une crise multiple dont les enjeux risquent de se retrouver dangereusement imbriqués.

 

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