Les Touaregs en Afrique de l’Ouest : migrations inquiétantes

Le 15 octobre 2011, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

Alors que les combattants du CNT en Libye marquent une progression définitivement victorieuse dans le dernier bastion du colonel Kadhafi à Syrte, le Mali assiste au retour sur son territoire d’un flot de réfugiés, des touaregs. Quatre cent ex-soldats libyens d’origine malienne et ayant combattu dans l’armée pro-Kadhafi, sont en effet arrivés dans le nord […]

Alors que les combattants du CNT en Libye marquent une progression définitivement victorieuse dans le dernier bastion du colonel Kadhafi à Syrte, le Mali assiste au retour sur son territoire d’un flot de réfugiés, des touaregs.

Quatre cent ex-soldats libyens d’origine malienne et ayant combattu dans l’armée pro-Kadhafi, sont en effet arrivés dans le nord du Mali, ce samedi 15 octobre 2011, principalement issus de trois tribus du nord du Mali, les Chamanamas, les Iforas et les Imrads peu après la prise des zones protégées de l’ex président libyen. Une situation qui pour certains, vient aggraver le climat général de cette région malienne où l’on craint une probable nouvelle rébellion. Il faut déjà noter qu’il s’agit de combattants « vaincus » en Libye, qui se sont vus obligés, compte tenu des circonstances, de quitter le pays, après y avoir passé dix ou vingt ans. Pour nombre d’entre eux, ce sont les conditions de sécheresse extrêmes et ses aléas qui les avaient poussés à rejoindre le camp de Kadhafi. Ce dernier en a profité pour les rallier à son armée afin de servir ses visées politiques dans la sous-région. A priori, ils ne sont pas pour autant dangereux pour le pays mandingue. Néanmoins, s’il faut considérer la situation sociopolitique actuelle dans ce pays, les craintes peuvent à raison être fondées. En effet, contrairement à une situation relativement stable des rebellions touarègues au Niger, le Mali n’a pas cessé d’enregistrer des actions de banditisme, de braquage et de vols de véhicules qui se sont multipliés dans les régions de Kidal Gao et Tombouctou. Un contexte socio-sécuritaire donc quelque peu en lambeaux. D’autres facteurs porteurs de tensions sont également à noter dans cette région touarègue, notamment en ce qui concerne les enjeux politiques aussi bien à des niveaux locaux qu’au niveau étatique. Des rivalités tribales et communautaires entre touaregs chamanamas et imrads ont refait surface au sujet des questions d’intégration dans l’armée. Il est par ailleurs question de désertion d’officiers de l’armée malienne, notamment du colonel Assalat, un Chamanama. Et enfin, des appels à l’indépendance du Nord-Mali lancés par le Mouvement national de l’Azawad (MNA), très actif sur les forums internet. Le retour d’un tel nombre d’ex-combattants au Mali ne vient donc certainement pas renforcer le climat sécuritaire du pays, surtout s’il faut prendre en compte les conditions de leur insertion au sein des communautés pré installées. Là encore l’histoire renseigne sur le choc des indépendances, avec l’inversion des rapports entre touaregs désormais dominés par les ethnies négro-africaines sédentaires, dès lors au contrôle des appareils d’Etat. Les anciens « razziés » ont pendant les dernières années assouvi une vengeance historique à l’encontre de leurs « razzieurs ». Autrement dit, la mise à l’écart des Touaregs constitue une sorte une revanche des anciens esclaves noirs contre leurs maîtres. D’où les éternelles dissensions entre le pouvoir central et la communauté touarègue. En août dernier, le gouvernement malien avait lancé le programme de sécurité et de développement dans le nord du Mali (PSPSDN), prévu pour une durée de deux ans, dont le but est de réduire, voire d’éradiquer les causes de l’insécurité et du terrorisme dans cette région. Il faut croire que c’est la recherche de la justice qui aura poussé les touarègues, dans une certaine mesure à prendre les armes et à chercher des moyens propres non seulement pour agir contre la politique de marginalisation à leur égard, mais aussi pour leur survie dans une zone désertique au climat peu favorable aussi bien pour eux, que pour leurs bétails. Mieux, et c’est ici qu’il peut être fécond de poursuivre la réflexion, il est utile de mettre un accent particulier sur le fait que les touaregs sont des gens pragmatiques et opportunistes, étant donné qu’ils sont susceptibles de revirement spectaculaire dans leurs actions, à condition que le camp d’en face soit capable d’y mettre le prix. Et parler de prix, c’est parler d’une meilleure gouvernance, une meilleure redistribution des richesses et une intégration de tous les tissus communautaires dans l’organisation politique et sociale, parallèlement à la lutte contre le terrorisme.

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