Et maintenant Seif al-Islam Kadhafi

Le 2 novembre 2011, Dans Politique, Par Caludia Togbe

Niamey avait définitivement raison dans son refus de livrer Saadi Kadhafi à Interpol et par extension aux autorités de la transition libyenne. Il n’aurait en aucun cas pu bénéficier d’un procès équitable en raison de la révolution en marche dans le pays et de la colère des partisans de transformations globales. Le 11 septembre 2001, […]

Niamey avait définitivement raison dans son refus de livrer Saadi Kadhafi à Interpol et par extension aux autorités de la transition libyenne. Il n’aurait en aucun cas pu bénéficier d’un procès équitable en raison de la révolution en marche dans le pays et de la colère des partisans de transformations globales.

Le 11 septembre 2001, Saadi Kadhafi trouvait refuge au Niger. Le 29 septembre, le gouvernement de Niamey marque son refus d’extrader le fils de l’ex-dirigeant libyen suite à la demande d’Interpol. Le premier ministre nigérien Brigi Rafini avait alors émis une condition triple indispensable. Un accord entre le Niger et la Libye, la garantie que le fils du guide libyen aura droit à une défense équitable puis l’assurance qu’il pourra avoir accès à un traitement équitable. Le 20 octobre 2011, soit dans un intervalle de 20 jours, le colonel Kadhafi est arrêté dans sa ville natale, puis assassiné. Exit les propos empreints de prudence à cet égard. Le monde entier y a assisté. Il avait été capturé vivant. Blessé certes. Mais vivant. Il aurait été plus adéquat de lui permettre de répondre de ses crimes et de donner une fois encore l’opportunité au statut de Rome d’accueillir dans son giron un chef d’Etat. Pour une fois de plus qui aurait été de nationalité africaine. Mais il faut le reconnaître, un dirigeant aux mains ensanglantées par une gouvernance au bas mot, taillée à l’image du personnage. Les libyens avaient beau bénéficier de toutes les exonérations fiscales, des meilleures conditions de vie sociale, de la sécurité alimentaire inexistante dans plusieurs autres Etats africains, le pays n’aurait pas pu éviter les à-coups de la boule de neige « révolution arabe ». L’argument de la force dont s’était toujours prévalu le guide libyen au cours de ses décennies passées au pouvoir a fini par le trahir. C’est une méthode que digère difficilement le prisme sélectif du XXIème siècle. Poutine aura été plus astucieux.

Au final, Niamey avait à raison, pris le parti de ne pas livrer le fils du guide, Saadi Kadhafi. Ses propres questions sécuritaires en dépendent. La relative entente avec les touaregs dans la région pourrait se retrouver hypothéquée dans le cas contraire. Et maintenant, c’est le tour de l’autre fils du guide, Seif Al-Islam. En revanche, les donnes sont différentes cette fois-ci. Saadi Kadhafi lui, n’était pas menacé par un mandat d’arrêt de la CPI, contrairement à Seif Al-Islam.

La seule fenêtre dont dispose l’institution pénale internationale à présent serait la volonté propre de Seif Al-Islam de se rendre pour répondre des accusations à son encontre. Autrement, face à l’éventualité que les autorités nigériennes ou maliennes livrent ce dernier, il faudra s’attendre à une recrudescence de la violence dans la région, qu’il s’agisse d’actes de banditisme ou d’actions menées par AQMI à l’encontre des occidentaux comme des gouvernements eux-mêmes. Le guide libyen n’avait pas que des ennemis sur le continent. Par extension, les civils en seront certainement les victimes collatérales, alors que les prévisions de la sécurité alimentaire du Niger sont déjà quelque peu inquiétantes.

 

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