Cinquantenaire de la journée internationale de la femme africaine

Le 7 août 2012, Dans Développement, Par Caludia Togbe

Décrétée par l’OUA et l’ONU le 31 juillet 1962, la journée internationale de la femme africaine a été  lancée à Dar Es-Salem en Tanzanie, sous l’impulsion de plusieurs femmes leaders africaines. Au cours du premier rassemblement, il avait été question de définir les enjeux et défis de la femme africaine dans le développement du continent. […]

Décrétée par l’OUA et l’ONU le 31 juillet 1962, la journée internationale de la femme africaine a été  lancée à Dar Es-Salem en Tanzanie, sous l’impulsion de plusieurs femmes leaders africaines. Au cours du premier rassemblement, il avait été question de définir les enjeux et défis de la femme africaine dans le développement du continent.
Cette journée a pour objectif d’encourager les filles, jeunes dames et femmes, quelque soit leur lieu de résidence, à participer activement et dans tous les secteurs, au développement du continent africain. D’aucuns seraient tentés de se poser des questions sur l’utilité de cette journée, d’autant plus que le 8 mars est déjà consacré aux femmes du monde entier. Mais au-delà des discours des féministes et autres luttes pour la parité, ce sont les potentialités des femmes qui sont appelées à s’éveiller pour se faire une place de choix dans les prises de décision et les actions à tous les niveaux.
A plusieurs égards, les femmes sont davantage économes, meilleures gestionnaires et protectrices de ce qu’elles ont à leur charge. L’un des responsables du « Barefoot college » en Inde, un projet qui consiste à former des « anges de lumière », des femmes des pays en développement en matière de production d’énergie estime que former les femmes est un investissement à long terme sûr, pour plusieurs raison. Entre autres, c’est d’abord parce qu’elles représentent une bonne frange de la population mondiale, mais c’est aussi parce que les femmes formées restent dans leurs villages, sur leurs terres, éclairent leurs concessions, produisent de l’énergie pour leurs activités productrices de revenus, etc. Par contre, dès que l’on forme des hommes ou des jeunes gens, ils quittent immédiatement leur milieu de vie, notamment les villages, pour aller chercher du travail dans les villes, ou développer les connaissances acquises ailleurs. C’est donc un gage de développement et une barrière à l’exode rural, que de donner à des femmes, les capacités de se prendre en charge et de constituer de véritables pôles de développement.
A traves cette journée, il ne s’agit donc pas seulement de lutter contre les inégalités dont sont victimes les femmes, ou les violences qui leur sont faites. Il est aussi question de permettre aux femmes d’avoir accès à l’information, de les y aider notamment.
Au cours d’un reportage récent portant sur la grande muraille verte pour le Sahara de l’Union Africaine, concernant  les activités que les communautés peuvent mener en dehors de l’élevage, des femmes exprimaient leur reconnaissance quant au projet qui leur permettait de cultiver, bien que ce soit le désert, et d’avoir non seulement une auto suffisance alimentaire, mais aussi une garantie de revenus. Ce qui est frappant ici, c’est que sans l’intervention de ce projet, et l’assistance technique offerte auxdites femmes, ces dernières ne savaient pas qu’elles pouvaient développer l’agriculture dans ce milieu hostile, au point de s’en contenter pour leurs besoins.
Elles s’étaient toujours acharnées avec les hommes, à élever des animaux que la sécheresse et les mauvaises conditions climatiques se chargeaient de décimer chaque année. Et ceci, quelque soit l’espace désertique parcouru ou habité.

La dégradation des terres des zones arides a négativement et considérablement pesé sur les moyens d’existence de millions de personnes dans le monde. Dix millions d’hectares de terres arables sont dégradées chaque année et sur les 130 millions d’hectares de terres sérieusement affectées, 50% se retrouvent sur le continent africain. L’objectif de l’initiative muraille verte pour le Sahara est en fait de lutter contre l’avancée du désert du Sahara vers le sud et d’améliorer les moyens de subsistance des populations de la zone sahélo-saharienne. En se prenant en charge à travers l’exploitation des terres et des revenus qui en découlent, les communautés qui y vivent, avec en tête de pont les femmes contribuent à lutter contre la désertification, la dégradation accrue des terres, et également contre la faim sur le continent.

L’information est donc un élément capital dans l’accès des femmes au bien-être, à l’indépendance et à la participation au développement du continent, quelque soit l’endroit où elles se retrouvent. La présente journée des femmes africaines devrait donc inciter les femmes à des actions plus concrètes, les hommes à les aider à y parvenir, et les instances nationales, puis continentales, à mettre en place des projets à contenu viable, véritable et vital, aux fins de parvenir à des objectifs chiffrables.
Les espoirs de parvenir à tout ceci sont encore loin d’être atteints. La bataille est encore longue, fastidieuse. Quelques irréductibles s’acharnent à empêcher le combat des femmes africaines contre la misère, ne veulent pas lâcher prise et s’adonnent à des activités cruelles pour les maintenir dans des conditions déshonorantes. Non seulement à leurs yeux, l’égalité entre les hommes et les femmes est un leurre, mais en plus, leur volonté d’autodétermination dans leurs familles est un sacrilège.
L’actuelle situation des femmes au nord Mali est un exemple parlant.

Elles doivent déjà régulariser leurs situations matrimoniales pour ne pas se retrouver lapidées et massacrées par des extrémistes religieux, sont obligées de se cacher et de changer leurs habitudes pour survivre à cette situation chaotique et de surcroît, elles voient impuissantes, les islamistes radicaux fermer leurs magasins et commerces, au nom de principes religieux que l’on veut à tout prix imposer autour de soi, à l’arme et au bâton.

Mesdames, mesdemoiselles, révoltez-vous !
Parce que jamais les hommes ne feront à votre place les choses comme vous les auriez faites vous.
Parce que vous avez les potentialités de vous prendre en charge et de gagner l’honneur qui vous est dû dans votre entourage.
Parce que demain, vos fils et filles vous demanderont des comptes sur l’avenir que vous leur réservez !
Parce que la gestion qui est faite aujourd’hui de l’environnement sans vous aura des répercussions sur votre santé demain, et sur celles de vos enfants.
Parce que votre propre vie en dépend, de même que celles des membres de votre famille.
Parce que votre vie est menacée par des gourous et vendeurs d’illusion, qui Bâtissent leurs fortunes sur votre dos.
Parce que votre espace vital est en danger, du fait de l’envahissement par des groupes terroristes et des personnes qui vous tueront au nom d’une divinité en laquelle vous croyez peut-être aussi !
Mesdames, mesdemoiselles, révoltez-vous !
Et faites le pari de faire aussi partie des instances dirigeantes, les hommes qui y sont n’ont rien de plus que vous, au contraire !
Parce que sans vous, sans votre participation, les femmes seront toujours tenues à l’écart, marginalisées, détruites.
Parce que ce monde, c’est aussi le vôtre, et vous avez le droit de réclamer qu’il soit comme vous le souhaitez, c’est-à dire pacifique, respectueux de l’environnement, de la santé, et des autres.
Mesdames, mesdemoiselles, révoltez-vous, vous en avez le devoir !

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