Affrontements au Sénégal : le biocarburant source de tensions

Le 27 octobre 2011, Dans Développement, Par Caludia Togbe

Des heurts dans le village de Fanaye, au nord du Sénégal ont eu lieu dans la matinée du 26 octobre 2011, entre habitants divisés sur un projet privé de production de biocarburant. Bilan : au moins 1 mort et plusieurs blessés. Le Sénégal a été le théâtre de violences, entre villageois qui se sont battus à […]

Des heurts dans le village de Fanaye, au nord du Sénégal ont eu lieu dans la matinée du 26 octobre 2011, entre habitants divisés sur un projet privé de production de biocarburant. Bilan : au moins 1 mort et plusieurs blessés.

Le Sénégal a été le théâtre de violences, entre villageois qui se sont battus à coup de bâtons, de machettes, de gourdins et d’armes à feu artisanales dans la partie septentrionale du pays, dans la communauté rurale de Fanaye, département de Podor. Depuis plusieurs mois déjà, l’octroi de 20.000 hectares de terres par le Conseil rural à un promoteur privé italien en vue de la production de biocarburant soulevait quelque peu des inquiétudes au sein des autochtones. Une réunion du Conseil rural devait se tenir, mais a tourné en affrontements, avec des chefs du village et la population présente sur les lieux.

Les adversaires à ce projet craignent pour leur part la disparition de pâturages et le déplacement des populations de plusieurs villages de cette région. Pendant longtemps en effet, les habitants du village de Fanaye avaient sollicité la mise en œuvre de politiques pour favoriser l’amélioration de leurs conditions de vie, dans un village dont l’enclavement rendait difficile la traversée vers la route nationale, en particulier en période d’hivernage, pour évacuer les malades et femmes enceintes, ou transporter leurs productions agricoles. Depuis le début de cette année, c’est chose faite à Fanaye, avec un investissement du gouvernement sénégalais de cinq milliards de francs CFA. Mieux, le barrage en terre que cette construction a engendré a été source de nombreuses opportunités. D’une part en ce qui concerne les impacts positifs pour le développement agricole, où déjà les productions de cultures vivrières ont augmenté, dans cette zone riche d’un potentiel de 3.000 hectares de terres irrigables. D’autre part, trois groupements de producteurs ont été formés pour une meilleure organisation, ce qui était loin de faisabilité depuis une trentaine d’années. Avantages donc sur deux plans majeurs pour un pays en développement : la capacité agricole, puis l’emploi, et par extension, l’autonomie alimentaire et plus.

Si par le passé, le Sénégal avait déjà une politique de production de biocarburant avec le Brésil, il faut croire que toutes les régions du pays ne sont pas forcément favorables à de telles mesures. Bien que l’affrontement armé demeure inconcevable, quelque soit le type d’armes utilisées, la question de la consultation et de l’approbation des populations n’en demeure pas moins importante avant toute cession de terres, au vu de l’histoire de ce petit village. Si des garanties et mesures avaient été prises pour leur assurer d’autres alternatives sur le même espace ou ailleurs et s’il y avait eu quelque peu une concertation et une entente en bonne et due forme, ces affrontements auraient pu être évités. Preuve donc, que dans un même pays, d’une région à une autre, les relations entre groupes humains peuvent différer, en fonction de leurs représentations et de leur lien au territoire. Il s’agit par conséquent de violences sociales suite à un espace vital en « danger » pour les populations autochtones.

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