Un séminaire sur la candidature du président Wade, au Sénégal

Le 23 novembre 2011, Dans Bulletins électoraux, Par Caludia Togbe

Un événement qui en soi, n’a absolument rien de condamnable. D’autant plus que toute situation ou toute contribution qui peut aller dans le sens de la préservation de la paix et de la cohésion sociale doit pouvoir être soutenue. Mais en fait ce geste, dans quelle catégorie s’inscrit-il en définitive ? Dans les efforts de soutien […]

Un événement qui en soi, n’a absolument rien de condamnable. D’autant plus que toute situation ou toute contribution qui peut aller dans le sens de la préservation de la paix et de la cohésion sociale doit pouvoir être soutenue. Mais en fait ce geste, dans quelle catégorie s’inscrit-il en définitive ? Dans les efforts de soutien à la préservation de la paix ou plutôt dans ceux combien habituels de division des classes politiques en Afrique ?

Circonstances

Lundi 21 novembre 2011, des constitutionnalistes étrangers ont été sollicités à Dakar pour présenter les conclusions des travaux de la réflexion sur la question. Des professeurs émérites, pour qui, du moins certains parmi eux, l’on a longtemps eu le plus profond respect. Ceci, à l’heure où l’Afrique (en incluant d’office le Sénégal) est confrontée à des questions de délestage, de crise alimentaire, de pollution des ressources vitales et de spoliation des terres arables par des multinationales…la liste est longue.

Est-il réellement besoin d’organiser une telle rencontre de constitutionnalistes étrangers dont le déplacement et le séjour est payé par le contribuable sénégalais dont le train de vie connaîtra dans quelques temps, un choc important, du fait de la crise financière internationale et des impacts financiers sur l’Afrique? Longtemps certains politiques occidentaux ont été tenus coupables, sinon ayant en partie leur part de responsabilité dans des affaires de scandales plongeant le continent africain dans la pauvreté, sinon dans des conflits. Mais en fait les privés y ont aussi participé. Et à présent, c’est le tour des hommes de droit…

Il est des fois où ne rien dire vaut bien mieux que des discours.

Et après le Séminaire ?

Tout ceci n’est que la face visible de l’iceberg.  C’est souvent bien longtemps après que des scandales éclateront, et que l’on se rendra compte que des politiques occidentaux étaient bel et bien informés dans telle ou telle autre affaire sale, dans un tel conflit, etc. Et ce sera le début et la fin de la participation de « leur justice » au rétablissement de la vérité et à la responsabilisation des acteurs en jeu.

Au fond comment peut se présenter la carte des prochains scénarii au Sénégal ?

–          Le Conseil Constitutionnel infirme la constitutionnalité de la candidature du président Wade pour la participation à un 3ème scrutin présidentiel. Dans ce cas, l’opposition s’apprête à participer activement à l’élection, des prisonniers politiques pourront être libérés, et le Sénégal poursuivra son histoire politique en toute tranquillité.

–          2ème schéma : le Conseil Constitutionnel infirme la candidature du président Wade, mais c’est plutôt un proche de celui-ci qui est affiché pour lui succéder. C’est donc comme une participation en demi-teinte de l’homme, ce qui ne résous pas la question de la place de l’opposition sénégalaise, quasiment bâillonnée.

–           3ème schéma, et c’est ici qu’il peut être fécond de poursuivre la réflexion, le cas où la candidature du président Wade se trouvait être validée, et que les travaux des constitutionnalistes étrangers sollicités se seraient avérés être la base juridique ou complémentaire des arguments du parti au pouvoir.

Dans l’éventualité où l’opposition se soulevait, et une frange de la population avec, sans oublier l’armée dont la position est toujours délicate sur le continent. Que ce faisant, la situation devenait chaotique, avec une répression sévère de la part du gouvernement, ces mêmes constitutionnalistes étrangers ne seraient plus sur le territoire sénégalais ! Mieux, ce sont certains de leurs compatriotes qui une fois encore, vendront ou fourniront (en fonction des intérêts du privé ou du public), des armes à la fois au gouvernement qu’à l’opposition, au sein du même pays.

Ou alors, ces mêmes constitutionnalistes, s’ils se trouvaient encore pour une quelconque raison sur le territoire sénégalais, se verront rapatrier dans les plus brefs délais par leurs gouvernements respectifs. Pour qu’entre eux, les africains se tuent, comme d’aucuns l’ont si bien dit.

Et que diantre, l’on nous dise encore et toujours que les conflits en Afrique sont le fait de la pauvreté, de tensions inter religieuses ou inter ethniques.

 

« Les non-dits ne signifient pas l’ignorance » Danielle Mitterand

Le 23 novembre 2011, Dans Ils ont dit..., Par Caludia Togbe

Ce billet en hommage à cette femme française de valeur représente beaucoup plus un cri du cœur, plutôt qu’une analyse en bonne et due forme. Des valeurs Plus qu’une visionnaire, elle savait comment se faisait la redistribution des cartes géopolitiques sur les continents, et savait aussi ce qu’il fallait en attendre des années plus tard. […]

Ce billet en hommage à cette femme française de valeur représente beaucoup plus un cri du cœur, plutôt qu’une analyse en bonne et due forme.

Des valeurs

Plus qu’une visionnaire, elle savait comment se faisait la redistribution des cartes géopolitiques sur les continents, et savait aussi ce qu’il fallait en attendre des années plus tard. Et contrairement aux joueurs privilégiés, elle se battait pour la juste cause, ou plutôt pour « des combats qu’elle pensait justes », s’il faut se référer à l’hommage du président Nicolas Sarkozy à l’annonce de sa disparition.

Contrairement à nombre d’analystes ou constitutionnalistes occidentaux et français en particulier, qui « pensent » le passé, l’état et l’avenir du continent africain, Danielle Mitterand avait côtoyé les conditions de vie des africains. Elle avait vu ce que c’était en réalité, elle s’en était rendue compte dans le sens le plus impartial du terme. Elle a également assisté à la création de plusieurs dictatures parfois soutenues par des puissances occidentales.

C’est peut-être bien ce qui la différencie des autres fondations ou ONG humanitaires qui interviennent en Afrique ou ailleurs. Sa Fondation France Libertés est l’élément matériel de sa prise de position bien de fois contraire à l’ensemble de la classe politique passée et actuelle française.

Un militantisme hors pair

Elle n’est certes pas la seule à avoir mené des actions en vue de soutenir certaines causes en Afrique ou dans d’autres pays du tiers-monde, puisque c’est ainsi qu’on les appelle. Mais la différence, c’est qu’elle a été l’épouse d’un dirigeant français et mieux, elle n’avait jamais hésité, même au cours du mandat de son époux, à faire part vertement de son opinion, quand bien même cela devait causer des dégâts au sein de la diplomatie française.

Chacune de ses luttes était orientée vers la préservation du droit des peuples, et des générations futures. Et ces combats qui prennent également leur source dans les activités de sa Fondation, c’est-à-dire qui existaient depuis 1986, sinon bien avant, se retrouvent dans les débats actuels.

L’accès à l’eau potable

Pour ce faire, elle n’a jamais manqué de soutenir les actions des populations du sud quand à l’accès à cette ressource, élément vital humain. En Afrique, c’est considérer aussi bien les milliers de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable. C’est aussi considérer ceux qui y ont accès, mais dont la qualité a été entamée soit localement, soit par le fait de multinationales occidentales qui n’ont que faire de l’éthique dans leur fonctionnement.

Prenant le seul cas du Nigeria dans l’Etat de Zamfara au nord-ouest du pays, les difficiles conditions de vie des populations ont mené certains à se faire miniers dans des sites d’exploitation de l’or. Là encore, les conditions d’exploitation mènent à un constat pour le moins désolant. Le saturnisme provoqué a fini par contaminer entre autres les cours d’eau qui s’y trouvent.

Ailleurs, dans l’Etat le plus producteur de pétrole au Nigeria, ce sont les mauvaises conditions d’exploitation des ressources pétrolières par les multinationales qui auront détruit certains cours d’eau, mais également des mangroves, dans le sud du pays. Des séquelles qui perdureront pendant des dizaines d’années, dont écoperont sans doute les prochaines générations. Les africains pourraient-ils se prévaloir de tels « crimes » dans un seul pays occidental ? Pourtant vous dites bien que l’accès à l’eau pour tous est un droit inaliénable de l’homme.

Le respect des droits de l’homme et des peuples opprimés contre ces biopirates

Ceci incluant entre autres les risques d’augmentation de conflits socio-environnementaux. Une situation qui risque de faire basculer à nouveau le continent africain dans d’interminables conflits qui seront de plus en plus difficiles à décrypter. Ou alors il s’agira de plusieurs éléments qui entreront en ligne de compte et s’imbriqueront dans un même conflit, rendant les voies de résolution davantage tortueuses.

La Fondation de Danielle Mitterand se focalise donc sur le droit des peuples autochtones à disposer de leurs richesses naturelles, biologiques et culturelles. Ceci appelle l’engouement actuel de nombreux occidentaux privés ou même de citoyens chinois, sur l’accès à des terres arables sur le continent africain. Pour ce qui s’est fait jusqu’ici, un accès qui peut se faire avec ou sans l’approbation des propriétaires terriens ou si l’on veut des paysans. Une fois évacués de leur unique ressource, dédommagés ou non, à quoi veut-on qu’ils s’occupent ?

D’aucuns diront plus tard que c’est le désœuvrement et la pauvreté qui font des africains des acteurs permanents de crises et de conflits. Les origines profondes de ces tensions ne sont plus prises en compte. C’est Madame Mitterand Danielle qui aura encore une fois raison. Les Africains ont leur part de responsabilité. Mais ces biopirates n’en sont pas moins responsables. Qu’importe ! Même si un jour une série de procès venait à être ouverte, on ne s’en étonnera plus. Ce sera classé sans suite.

Quant à la notion de richesse…

Une fois encore on lui donnera raison, au vu des crises financières, économiques, alimentaires et autres auxquels sont confrontés les Etats. Et les Etats africains n’ont pas fini de baver. Les poisons qui se retrouvent parmi eux n’ont pas fini de faire montre de leurs capacités.

Boko Haram…contre le terrorisme?

Le 18 novembre 2011, Dans Terrorisme, Par Caludia Togbe

     Boko Haram en Algérie pour le Forum global de la lutte contre le terrorisme (Fgct) organisé les 16 et 17     novembre 2011.      Trois schémas politiques pour comprendre les raisons pour lesquelles le groupe a pris l’initiative de s’inviter à y participer. * 1er schéma, c’est une tribune, une agora de haut niveau à […]

     Boko Haram en Algérie pour le Forum global de la lutte contre le terrorisme (Fgct) organisé les 16 et 17     novembre 2011.

     Trois schémas politiques pour comprendre les raisons pour lesquelles le groupe a pris l’initiative de s’inviter à y participer.

* 1er schéma, c’est une tribune, une agora de haut niveau à laquelle participer peut conférer une certaine    importance au statut du groupe. Cette thèse aurait pu correspondre à la perfection à un autre groupe tel que celui des Ogoni au Nigeria, qui ont recherché pendant des années les moyens de faire comprendre à la Communauté internationale leurs conditions de vie précaires, ainsi que leurs revendications sur un territoire gorgé de pétrole. Mais ceci, réalisé de façon pacifique.

Néanmoins, pour un groupe comme Boko Haram qui utilise la violence à souhait et de façon recrudescente, c’est une hypothèse quelque peu singulière.

*2ème schéma, le groupe islamiste s’est invité aux échanges pour d’une part, obtenir une certaine « légitimité de participer », ce qui lui permet d’autre part, d’avoir une idée des grandes lignes de discussion. Il conviendrait alors à parler d’une stratégie d’espionnage qui ne dit pas son nom.

* 3ème schéma, après le passage du Chef de la diplomatie française au Nigeria il y a quelques jours et l’intérêt croissant des Etats-Unis d’Amérique sur la problématique du terrorisme en Afrique de l’ouest –en raison de la préservation de leurs intérêts entre autres pétroliers-, le groupe islamiste fait face à deux solutions :

– la première, abandonner sa lutte dans les délais les plus raisonnables, parce que à l’horizon, ils pourraient ne plus bénéficier de l’accompagnement financier, matériel et humain d’Aqmi, vu la traque que ces derniers eux-mêmes subissent dans le Sahel depuis peu de la part des Touaregs ex pro Kadhafi. Ainsi, ils pourraient se retrouver pris dans un étau entre les forces de sécurité nigérianes et celles d’une Communauté internationale exaspérée par leur propension grandissante à semer la terreur.

– la deuxième, en raison de la politique systématique des autorités d’Abuja de suppression de toute velléité terroriste, politique excluant la prise en compte de revendications sociales (ayant poussé initialement le groupe à prendre les armes), Boko Haram serait plus porté vers des interlocuteurs à l’externe, pour une médiation, éventuellement conditionnée.

L’avantage ici serait triple, pour faire cesser la violence et la terreur au Nigeria, puis éviter par la même des débordements hors des frontières.

Tout d’abord, les parties présentes aux discussions seraient portées vers des négociations entre le gouvernement de Goodluck Jonathan et le mouvement islamiste, si ce dernier était prêt à déposer les armes.

Ensuite, il y a force à penser qu’en faisant qu’en faisant la démarche vers ledit forum en Algérie, Boko Haram dispose d’une hiérarchie de plus en plus constituée, disposée à négocier. C’était en effet jusqu’à une date récente, une gageure pour les autorités nigérianes, de négocier une entente avec un groupe armé dépourvu de cohérence dans sa représentativité.

Et enfin, la présence de « médiateurs »  étrangers aurait comme effet pour Boko Haram, d’avoir une certaine garantie dans l’applicabilité des conditions de la négociation. Des pressions pourraient ainsi être faites sur le gouvernement central, pour accorder au mouvement islamiste, une considération et une mise en œuvre des accords sur lesquels ces probables ententes se seraient scellées.

 

Pirates : perpétuité et peine de mort

Le 15 novembre 2011, Dans Terrorisme, Par Caludia Togbe

« Les pirates somaliens ne sont pas invincibles : ils sont violents, bafouent les lois et opèrent à bord de petites embarcations. Il est temps que nous leur résistions comme ils le méritent » David Cameron. Un combat, des discours Un discours qui entre en ligne de compte dans la définition et la condamnation que font les Nations […]

« Les pirates somaliens ne sont pas invincibles : ils sont violents, bafouent les lois et opèrent à bord de petites embarcations. Il est temps que nous leur résistions comme ils le méritent » David Cameron.

Un combat, des discours

Un discours qui entre en ligne de compte dans la définition et la condamnation que font les Nations Unies et donc le Droit International sur la piraterie. La Convention de Genève définit depuis 1958 la piraterie comme étant « tout acte illicite de violence, de détention, ou de dépréciation commis à titre privé pour des buts personnels par l’équipage ou les passagers d’un navire privé. » La compétence universelle des Etats est également depuis fort longtemps ouverte pour sa répréhension. Face à un acte de piraterie, « tout Etat, qu’il soit concerné ou non, est habilité à poursuivre et réprimer les actes et les auteurs, y compris à saisir le navire, appréhender les personnes se trouvant à bord. »

C’est dans cette veine que s’inscrit ce mardi 15 novembre 2011, le premier procès de pirates somaliens en France. Le procès Carré d’As de six Somaliens, ouvrant l’épisode d’une lutte curative contre la piraterie maritime. Dans le couloir de la perpétuité ou de la mort, attendent encore quatre affaires du même genre. Et compte tenu du nombre d’actes de piraterie enregistré pour la seule année 2011, la Communauté internationale, pour parler de la société des Etats occidentaux, ne se résignera pas à mener une guerre s’il le faut contre les dits pirates. L’identité que cette Communauté d’Etats peint des « pirates » en témoigne fortement. Une Communauté internationale exclusive, d’autant plus qu’il s’agit des Etats qui ne sont intéressés que par leurs intérêts du moment et à venir. Il ya fort à parier que parmi eux, se trouveront les mêmes Etats ou des Etats dont la nationalité est portée par des multinationales responsables en partie des causes profondes de la piraterie…

Pourquoi en France ? En raison de la compétence universelle. La République transitoire somalienne étant basée au Kenya pour des raisons d’anarchie patente en territoire somalien, nombre de procès contre des pirates appréhendés s’étaient déroulés au Kenya. La recrudescence des actes de piraterie et la nationalité des victimes donnent donc à raison à la France la latitude d’abriter ce genre de procès.

Mais c’est également en application de la Convention de Montego Bay et des mesures subséquentes à savoir les résolutions bilatérales ou multilatérales, selon lesquelles les pirates capturés seraient transférés aux autorités de l’Etat dont le navire qui a réalisé la capture bat le pavillon ou d’un Etat impliqué qui souhaite exercer sa juridiction.

Perpétuité et peine de mort

Des mesures aussi drastiques pour un objectif ultime selon certains partisans de cette option, décourager avec la plus ferme rigueur tous actes de piraterie désormais. D’après un rapport du Bureau maritime international (BIM) publié en octobre, des pirates auraient pris en otages 625 personnes à travers le monde, depuis le début de l’année 2011. Mieux, les pirates n’hésitent plus à élargir leur zone d’opération au-delà des côtes somaliennes, en direction de la mer Rouge et de l’océan Indien. Un chiffre qui est assez alarmant, il faut le reconnaître. Mais un autre élément que ces chiffres et tous ces remous ne devraient pas masquer, c’est que certains d’entre eux ne s’arrêteront pas pour autant parce que leurs compères auraient encouru la perpétuité ou la peine de mort. Bien au contraire. La situation des kamikazes qui s’explosent volontairement ou finissent dans les mailles de Guantanamo ne dissuade pas pour autant une partie de la jeune génération afghane. Les kamikazes, leurs frères aînés, sont plutôt considérés comme étant des martyrs et des exemples à suivre.

Des solutions à l’occidentale

« Il existe un besoin réel et pressant de coordonner les efforts internationaux. C’est pourquoi la Grande-Bretagne organisera une grande conférence l’an prochain à Londres » David Cameron.

Pour quelle lutte ? Quel contenu est-on objectivement en droit d’attendre de ce prochain calendrier de conférences et mesures à prendre pour éradiquer ce phénomène en tous points de vue condamnable ?

S’agira t-il de renforcer l’opération de surveillance du littoral de la Corne de l’Afrique dite « Atalante » déjà mise en place par l’Union Européenne, avec des navires de guerre et des avions de patrouille maritime ? La résolution 1838 du Conseil de Sécurité de l’ONU du 7 octobre 2008, permettant d’ores et déjà le déploiement de navires de guerres et de moyens aériens pour lutter contre la piraterie au large de la Somalie.

Dans ce cas, la situation sera-t-elle pour autant résolue ? N’y aura t-il pas par la suite une métamorphose dans la quête des moyens de subsidence qu’y trouvent les pirates somaliens ? Le danger demeure donc présent.

Parce qu’il faut le rappeler, la piraterie comme le terrorisme a plusieurs faces et ne se retrouve pas de la même manière dans toutes les régions exposées. Et prendre la résolution de se livrer à la lutte contre la piraterie, c’est également prendre le pari de résoudre le problème à la source. Or la problématique fondamentale de la Corne de l’Afrique, c’est bien la gouvernance. Pourquoi parle t-on autant de la Corne alors que l’Afrique offre autant de possibilités pour ses peuples de se livrer à la piraterie, pour autant que nombre d’Etats africains disposent de côtes disponibles à cet effet ?  Le Golfe de Guinée est un autre exemple non pas pour des opportunités qu’offre le continent à des fins d’actes de piraterie, mais un autre exemple pour comprendre les effets collatéraux de la mauvaise gouvernance et de l’état du tissu social.

 

Régulation financière pour les uns, misère pour les autres

Le 11 novembre 2011, Dans Décryptage, Par Caludia Togbe

Une fois encore, l’agora de Cannes affiche clairement ses objectifs  ou plutôt ses intérêts. Régulation et plan de sauvetage sont les discussions les plus importantes du moment. Réduire la faim dans le monde, ça peut se discuter à tout moment. Benoit Miribel, Président d’Action contre la Faim, présent à Cannes a beau le dire, “Pourtant, […]

Une fois encore, l’agora de Cannes affiche clairement ses objectifs  ou plutôt ses intérêts. Régulation et plan de sauvetage sont les discussions les plus importantes du moment. Réduire la faim dans le monde, ça peut se discuter à tout moment.

Benoit Miribel, Président d’Action contre la Faim, présent à Cannes a beau le dire, “Pourtant, près d’1 milliard de personnes ont faim aujourd’hui… Et le G20 a la capacité comme le devoir de faire reculer ce fléau…”, il faut croire que les Etats non pas d’amis, …ni de compassion, ils n’ont que des intérêts.

Tout de même, les pays du G20 martèlent la nécessaire implication du secteur privé dans l’agriculture et la sécurité alimentaire mondiale en soutenant toute une diversité de projets. Certains analystes se posent la question de savoir comment s’assurer que ces projets financés par le privé auront comme objectif de garantir l’accès à la nourriture en qualité et en quantité suffisante pour les plus vulnérables ?

Le Rapport publié en 2010 du Think Thank américain The Oakland Institute avait par anticipation répondu à ce questionnement, sinon averti sur les dérives de mesures axées sur une telle option. Le Rapport accusait déjà la Banque mondiale de favoriser le phénomène de la cession abusive de terres cultivables en Afrique au privé. Ceci par exemple, à travers sa filiale qui s’occupe du secteur privé SFI, avec ses programmes « Access to land » et « Land market for investment » respectivement « Accès à la terre » et « marché foncier pour l’investissement ».

Au cours du dernier trimestre de l’année 2011, certains habitants du village de Fanayé au Sénégal n’auront pas la patience de mener une révolte à l’image de celle du printemps arabe. La question est plus urgente et vitale pour eux. La cession de plusieurs dizaines d’hectares de terres cultivables à des investisseurs privés italiens, sans leur accord, les mettant à la rue, et sans capacité de subsistance les mènera à une lutte directe contre les promoteurs de ce projet. Peu de temps après, une décision du gouvernement sera prise en leur faveur.

Plus globalement sur tout le continent, près de 50 millions de terres cultivables dans les pays en développement sont aux mains d’investisseurs privés. La lutte contre la faim est censée se faire comment ? Le scénario adéquat serait-il celui selon lequel les pays africains cèdent leurs terres, ou acceptent l’aide coopérative d’investisseurs privés plus portés vers « des terres pour les énergies renouvelables», pour qu’en retour, quand il n’y aura plus l’espace de terres cultivables suffisant pour nourrir la faim en Afrique, les puissances du G20, une fois réglée la question financière de l’Europe, se consacrent à larguer sur le continent noir des tonnes de mais…en principe prévues pour du bétail ?

1 milliard de personne dans le monde souffrent de la faim. Dans le même temps, l’on estime importante l’implication du secteur privé dans l’agriculture et la sécurité alimentaire. Mais c’est faire fi du fait que plus que les Etats, les entreprises privées ont pour but irrémédiablement permanent, l’atteinte de chiffres d’affaires les plus exorbitants possibles. Sauf bien sûr lorsque l’on se nomme

Bill Gates ou que l’on est un Etat respectable comme le Ghana et que l’on conditionne l’exemption fiscale à des entreprises en échange de projets sociaux obligatoires. Ce qui ne coure évidemment pas les rues du monde.

Comme souvent, le constat est fait et partagé, aussi bien par les acteurs actifs que ceux passifs, mais les décisions ne suivent pas.